Une comète dans le monde de l'iris
Lorsque Cameron Hall écrit en 2004 dans le journal ROOTS de la HIPS (Historic Iris Preservation Society), il résume d'un trait la trajectoire de Vilmorin-Andrieux dans le monde des iris : une grande étoile filante, brillante et brève, qui changea le paysage pour toujours. De 1895 à la mort de Philippe de Vilmorin en 1917, la firme enregistra plus d'une centaine de variétés d'iris. Parmi elles, une poignée reste cultivée et commercialisée aujourd'hui — une longévité de plus d'un siècle qui témoigne de leur qualité exceptionnelle.
Ce dossier SFIB retrace l'histoire de la maison Vilmorin et de ses hybrideurs, présente les personnes clés — Henry, Philippe, et le méconnu Séraphin Mottet qui réalisa physiquement la plupart des croisements —, explique la révolution génétique de la tétraploïdie, et décrit variété par variété les iris Vilmorin qui ont survécu. Il s'appuie principalement sur l'article de Cameron Hall publié dans ROOTS (printemps 2004), enrichi de sources complémentaires : AIS Wiki, World of Irises (AIS), Wikipedia, FundingUniverse, SaveSeeds.org et les galeries du HIPS.
« Vilmorin-Andrieux et Cie fut comme une grande étoile filante dans le monde des iris… Elle changea ce monde pour toujours, puis elle disparut. »
— Clarence Mahan, historien de l'irisLa firme est finalement absorbée par des acquisitions successives — elle devient Vilmorin-Clause et Cie, puis est intégrée au groupe Limagrain au XXe siècle. Son programme iris, lui, s'éteint dans les années 1930, bien après que le flambeau eut été repris par Ferdinand Cayeux, dont la maison existe encore aujourd'hui à Rivières (Charente).
Deux siècles et demi d'une grande maison française
Des origines au Quai de la Mégisserie (1743–1815)
Pierre d'Andrieux (vers 1720–1786), botaniste et grainier du roi Louis XV, ouvre en 1743 une boutique de graines et de plantes rares au Quai de la Mégisserie à Paris, non loin du Palais-Royal. En 1774, sa fille Jeanne Marie Adélaïde épouse Philippe-Victoire Lévêque de Vilmorin (1746–1804), passionné de botanique. La raison sociale évolue progressivement vers « Vilmorin-Andrieux » vers 1780. Leur fils, Philippe André de Vilmorin (1776–1862), fonde formellement la société Vilmorin-Andrieux et Cie en 1815 et acquiert le domaine de Verrières-le-Buisson (Essonne), ancien rendez-vous de chasse de Louis XIV, qui deviendra le siège familial et un jardin botanique de renommée mondiale.
Louis de Vilmorin et la science de l'hérédité (1816–1860)
Le petit-fils de la fondatrice, Louis de Vilmorin (1816–1860), est le scientifique le plus éminent de la dynastie. Ses travaux sur la sélection végétale sont pionniers : il double la teneur en sucre de la betterave par sélection massale et formule des théories sur l'hérédité végétale — antérieures à Mendel — qui lui valent une reconnaissance internationale. Un article de ResearchGate (2011) souligne « le rôle de la maison Vilmorin dans la promotion et la diffusion de la génétique expérimentale en France, 1840–1920 ». C'est dans cet esprit scientifique que son fils appliquera aux iris la même rigueur de sélection.
Fils de Louis, Henry prend la direction de l'entreprise et lance en 1895 le programme d'hybridation des iris en acquérant le cultivar Amas, tétraploïde à grandes fleurs rapporté d'Asie Mineure par Sir Michael Foster. Henry pressent que ce croisement entre les grands iris monochromes orientaux et les petits iris colorés européens va produire des résultats exceptionnels. Il applique aux iris la même logique de sélection que son père avait appliquée à la betterave. Il meurt en 1899 sans voir les résultats de son intuition.
Fils d'Henry, Philippe Lévêque de Vilmorin (Joseph Marie Philippe) reprend les rênes à la mort de son père et conduit le programme iris jusqu'à sa propre mort prématurée en 1917, épuisé par le service de guerre. Botaniste passionné, collectionneur de plantes rares, père de six enfants dont deux filles célèbres : Mapie de Toulouse-Lautrec (1901–1972), journaliste gastronomique, et Louise de Vilmorin (1902–1969), écrivaine connue notamment pour sa relation avec André Malraux. En 1903, Philippe rachète la totalité de la collection Verdier pour enrichir le matériel de croisement. C'est sous sa direction que naissent les grandes introductions de 1904–1920.
Fils de Maurice de Vilmorin, Jacques reprend la direction après la mort de Philippe en 1917. Il s'intéresse davantage aux betteraves et à l'orge qu'aux iris, mais maintient le programme par prestige. Sous sa direction, les dernières introductions — des semis datant de l'ère Philippe-Mottet — paraissent sous des noms de constellations, d'artistes et de compositeurs. La conférence internationale de l'iris de 1922 est la dernière grande manifestation du programme. Son fils Roger de Vilmorin (1905–1980) deviendra botaniste et directeur de la firme, reconnu Juste parmi les Nations.
Verrières-le-Buisson, le domaine légendaire
Le domaine de Verrières-le-Buisson, acquis en 1815 par Philippe André, devient au fil des générations un sanctuaire botanique. C'est là que sont menés tous les croisements d'iris, dans des serres et des planches soigneusement entretenues par Séraphin Mottet. En mai 1922, le domaine reçoit les délégués de la Conférence internationale de l'iris — environ 60 botanistes et horticulteurs de France, Grande-Bretagne, Suisse et États-Unis — qui visitent une collection d'environ 200 variétés et espèces. C'est à la fois l'apogée et le chant du cygne du programme Vilmorin.
La firme aujourd'hui · Vilmorin-Andrieux fusionne au XXe siècle avec plusieurs maisons grainières pour devenir Vilmorin-Clause et Cie, puis est intégrée au groupe coopératif Limagrain, l'un des tout premiers semenciers mondiaux. La boutique historique du Quai de la Mégisserie n'existe plus. La propriété de Verrières-le-Buisson est classée monument historique ; ses jardins sont partiellement ouverts au public.
Séraphin Mottet, le génie dans l'ombre
Né à Paris, Mottet entre chez Vilmorin-Andrieux en 1880 après des études scientifiques. Il y passe l'essentiel de sa carrière, coordonnant les collections, réalisant les croisements et supervisant les semis. L'historien Clarence Mahan le décrit comme « un homme petit, toujours élégamment vêtu, à la barbe impeccablement taillée — un modèle possible pour Hercule Poirot ». Polyglotte parlant parfaitement l'anglais, il est aussi traducteur d'ouvrages botaniques anglais.
Un savant autant qu'un praticien
Mottet est un auteur prolifique dès 1892 sur les roses, les pommes de terre, les œillets et les conifères. Mais c'est sur les iris qu'il laisse sa marque la plus durable. En 1923, il publie Les Iris Cultivés — ouvrage de référence qui propose le premier système de classification colorimétrique des iris de jardin, avec huit classes et sous-classes. Longtemps utilisé, ce système précède les classifications modernes de W.R. Dykes et de l'AIS.
En 1927, il reçoit la très convoitée Foster Memorial Plaque de la British Iris Society — la plus haute distinction dans le monde de l'iris — en reconnaissance de l'ensemble de sa contribution. Il est par ailleurs nommé Officier du Mérite Agricole et Officier d'Académie. Après son départ de Vilmorin-Andrieux, il devient professeur d'horticulture à l'école Saint-Nicolas d'Igny.
La conférence internationale de 1922
C'est Mottet qui organise et accueille à Verrières-le-Buisson la Conférence internationale de l'iris du 27 mai 1922 — événement fondateur de la coopération internationale en iridologie. Les délégués présents incluent des personnalités comme W.R. Dykes et représentent les principales sociétés d'horticulture d'Europe et d'Amérique du Nord. La collection Vilmorin, au sommet de sa splendeur, impressionne tous les visiteurs.
« Mottet faisait les croisements, Vilmorin prenait les décisions. Des iris comme 'Ambassadeur' et 'Alliés' sont très certainement l'œuvre personnelle de cet homme. » — Sylvain Ruaud, irisarianiste français contemporain
L'injustice d'une attribution
La convention horticole de l'époque attribuait les obtentions à la firme commerciale, non au sélectionneur individuel. Mottet n'est donc jamais crédité entre parenthèses après un nom de variété. Cette omission est d'autant plus frappante que ses contemporains anglais — W.R. Dykes, Sir Michael Foster, Amos Perry — ont tous leurs obtentions à leur nom. L'AIS Wiki lui consacre néanmoins une page biographique séparée (HybridizerMottetSeraphin), lui reconnaissant officieusement le statut d'hybrideur.
Une ironie de l'histoire · Séraphin Mottet, qui n'a jamais vu son nom figurer entre parenthèses après le moindre iris, a été honoré par la distinction la plus prestigieuse de sa profession — la Foster Memorial Plaque — avant tout horticulteur français de son époque. L'hommage posthume de la communauté internationale compense en partie l'effacement institutionnel.
La révolution tétraploïde venue du Proche-Orient
L'état des iris de jardin avant 1895
Les iris de jardin du XIXe siècle étaient tous diploïdes (2n = 24 chromosomes), hybrides essentiellement issus de deux espèces européennes : Iris pallida de Dalmatie (lavande, bleu, rose, très parfumée) et Iris variegata de Hongrie (standards jaunes, chutes blanc-crème veinées de rouge-violet). Leurs fleurs, bien que charmantes, étaient petites et leur palette de couleurs limitée. Le botaniste anglais Peter Henderson avait réussi vers 1840 quelques hybrides intéressants, mais la véritable diversification était bloquée par la barrière chromosomique.
Sir Michael Foster et les iris du Proche-Orient
À partir des années 1880, Sir Michael Foster (1836–1907), professeur de physiologie à Cambridge et amateur d'iris passionné, reçoit par l'intermédiaire de missionnaires et de botanistes en poste en Asie Mineure des espèces sauvages à grandes fleurs magnifiques. Ces iris — Iris trojana (Troade, Turquie), Iris cypriana (Chypre), Iris mesopotamica (Turquie, Syrie, Irak), Iris kashmiriana (Cachemire) — portent des fleurs deux à trois fois plus grandes que les iris européens, avec des coloris d'une profondeur et d'un éclat remarquables.
Ce que personne ne sait à l'époque : ces iris sont tétraploïdes (2n = 48), possédant quatre jeux complets de chromosomes au lieu de deux. Le concept même de ploïdie n'existe pas encore en 1890 ; Mendel n'est redécouvert qu'en 1900, et les travaux de cytologie chromosomique des iris de Marc Simonet ne paraîtront qu'en 1932. Foster et Vilmorin travaillent donc empiriquement, guidés par leur sens horticole, sans comprendre les mécanismes sous-jacents.
Diploïde vs Tétraploïde
Un iris diploïde possède 2 jeux de 12 chromosomes (2n = 24). Un iris tétraploïde en possède 4 jeux (2n = 48). Le croisement des deux produit généralement un triploïde (3 jeux, 2n = 36), normalement stérile car ses chromosomes ne peuvent s'apparier lors de la méiose. Mais très rarement — environ 100 à 150 fois moins souvent qu'un croisement normal — un gamète « non réduit » (portant 24 chromosomes) du parent diploïde se combine avec un gamète normal du parent tétraploïde, produisant un descendant tétraploïde fertile : plus grand, plus vigoureux, aux fleurs plus grandes et aux couleurs plus riches, et surtout croisable avec d'autres tétraploïdes.
Le rôle fondateur du cultivar 'Amas'
En 1895, Henry de Vilmorin acquiert auprès de Foster le cultivar 'Amas', collecté à Amasya en Turquie vers 1885. Amas ne produisait pas de gousses, mais son pollen était fertile. Croisé sur les diploïdes européens de la collection Vilmorin, ce pollen tétraploïde (portant 24 chromosomes) donne naissance à une descendance révolutionnaire.
En 1903, Philippe rachète la collection complète de la maison Verdier — « certainement la plus belle collection d'iris de l'époque » — pour enrichir encore le matériel de croisement avec les semis issus des tétraploïdes anglais que Verdier avait lui-même utilisés.
Les premiers résultats : la promotion de 1904
Les résultats des croisements de 1895–1900 arrivent au commerce en 1904 : quatre grands iris issus d'Amas — 'Tamerlan', 'Isoline', 'Miriam' et 'Loute'. Isoline, Miriam et Loute sont des triploïdes, majoritairement stériles. Mais 'Tamerlan' est un vrai tétraploïde — probablement le premier hybride tétraploïde jamais commercialisé dans l'histoire de l'iris. La confirmation cytologique ne viendra qu'avec les travaux de Marc Simonet (thèse 1932) et de L.F. Randolph à Cornell University. En 1943, l'AIS dénombre déjà 247 cultivars tétraploïdes contre 145 diploïdes — la conversion est quasi achevée.
« Ces nouveaux iris furent saisis avidement par de nombreux hybrideurs, et eurent un impact énorme sur le développement de nos hybrides modernes. » — Cameron Hall, ROOTS vol. 17 nº 1 (2004)
Les iris Vilmorin survivants — 1898 à 1914
Le plus ancien iris Vilmorin survivant, parfois daté 1893. Antérieur aux croisements tétraploïdes, c'est un petit iris de 70 cm environ, aux fleurs violet rosé moyen, au parfum décrit comme un délicieux jus de raisin. Peu prolifique, il est cultivé davantage pour sa valeur historique que pour sa beauté. Certificat de Mérite SNHF 1926. Il témoigne de l'état des iris européens avant la révolution orientale.
Pétales beige rosé cerclés de brun cannelle, sépales pourpres veinés de rouge près de la barbe orange. Triploïde confirmé issu du croisement diploïde × Amas, normalement stérile. Cependant, des études ultérieures révèlent qu'Isoline s'est montré occasionnellement fertile, ayant engendré au moins deux descendants connus : 'Magnifica' (Vilmorin, 1919) et 'Rhea' (Williamson, 1928). Cameron Hall : « cultivé aujourd'hui davantage pour sa signification historique que pour sa beauté — un cultivateur et un fleurisseur médiocre. » Coloration rose-mauve quelque peu terne, chutes longues et étroites.
Tamerlan — le premier tétraploïde hybride
'Tamerlan' (1904) · Tétraploïde (2n=48)
Longtemps perdu, récemment redécouvert et remis en commerce, Tamerlan est d'une importance historique capitale : il est probablement le premier hybride tétraploïde jamais commercialisé. Grandes fleurs aux pétales rouge-violet et aux sépales bleu-violet plus foncés, épaules bronzées, barbe orange. FCC Haarlem, HC RHS 1916. Sa fertilité complète lui a permis de devenir un ancêtre essentiel des lignées tétraploïdes ultérieures.
Bitone violet profond au motif neglecta — sépales veloutés pourpre-raisin, veinés de violet plus sombre donnant l'apparence de rayures. Barbe orange conspicue. Courte stature (65 cm) mais vigueur exceptionnelle et floraison prolifique. Cameron Hall : « à en juger par les nombreux vieux jardins où on le trouve encore, il a dû être très populaire. » Toujours largement disponible chez les spécialistes d'iris historiques.
Probablement l'iris historique le plus important et le plus répandu au monde. Standards bleu-mauve lavés de bronze ; sépales pourpre-pensée brillants, veloutés, à macules brunes veinées sur les épaules ; barbe orange ; tiges atteignant 1,05 m, admirablement ramifiées. Tétraploïde confirmé avec 57 croisements de première génération documentés. W.R. Dykes écrivait : « Alcazar réussit partout et est un excellent porte-graines. » FCC RHS 1916, CM SNHF 1909. On le trouve encore dans les terrains vagues et le long des autoroutes — sa vigueur est légendaire.
Blend bronzé lilas et pourpre aux coloris distinctifs : pétales « bronze doré magnifiquement nuancés d'héliotrope », sépales violet-pourpre vif. Iris court mais élégant, utilisé notamment par le Californien William Mohr pour créer 'Coronado'. Populaire en son temps mais peu cultivé aujourd'hui. Toujours disponible chez quelques pépinières spécialisées.
Les trois survivants de 1911
Bitone pourpre profond, court (60 cm), aux pétales violet-pourpre rougeâtre et sépales veloutés cramoisie-violet. « Seul Archevêque en rouge-pourpre peut égaler la profondeur de Souv. de Mme Gaudichau en bleu-pourpre » (R. Sturtevant, 1920). AAA RHS. Adopté au Guardian Garden du HIPS en 2014. Parfois remontant en Californie.
Plicata blanc libéralement lavé et ponctué de violet-pourpre. A fixé le standard du plicata pour des années. Diploïde homozygote plicata (pl pl), parent légendaire de 'William Mohr' (arilbred), dont la lignée a produit les plicatas tétraploïdes 'San Francisco' (Dykes Medal 1927) et 'Los Angeles'.
Le moins connu des trois de 1911. Couleur orchidée pâle à veinures plus sombres — Cameron Hall : « assez insipide, plus efficace en touffes qu'en fleur individuelle. » Rare aujourd'hui.
'Déjazet' — la perle de 1914
'Déjazet' (1914) · Iris court mais richement coloré, aux pétales rose terne virant à l'orange sur des sépales violet rougeâtre. Cameron Hall : « très distinctif et tout à fait charmant. » En son temps bien connu, il est aujourd'hui extrêmement rare. Aucune photographie récente n'a pu être localisée en ligne.
Les grands iris de la maturité — 1916 à 1927
'Opéra' (1916)
L'une des introductions les plus célèbres de Vilmorin, malgré une rareté aujourd'hui presque totale. Pourpre profond, presque lie-de-vin, une couleur sans précédent pour l'époque. Populaire dans les catalogues des années 1920, réputé ni le meilleur cultivateur ni le meilleur fleurisseur, mais sa teinte si particulière le faisait rechercher. Cultivé bien jusqu'aux années 1930. Aucune photographie récente n'a pu être localisée.
'Magnifica' (1919) — le pentaploïde extraordinaire
'Magnifica' (1919) · Pentaploïde (2n≈60)
Descendant du triploïde 'Isoline', Magnifica présente la particularité remarquable d'être l'un des trois seuls iris pentaploïdes connus. Très grandes fleurs bitones bleu-pourpre et rouge-pourpre réticulé de brun ; rhizomes exceptionnellement gros. Sa parenté inclut 'Ricardi', une forme d'Iris mesopotamica. Cameron Hall : « parfois difficile à décrire et difficile à établir. » Vigoureux mais d'installation délicate.
'Ambassadeur' (1920) — le roi du catalogue
'Ambassadeur' (1920) · L'iris le plus célèbre de la maison Vilmorin.
Bitone d'un « bronze fumé, marron velouté sombre » inoubliable : pétales standards violet-hysope à reflets jaune-antimoine, sépales très veloutés violet-carmin, barbe orange remarquable. Hauteur de 1,06 m, floraison tardive. Lors d'un vote de popularité de l'AIS vers 1930, Ambassadeur obtient 111 voix contre 88 pour le deuxième — de loin l'iris le plus populaire au monde à l'époque. Il remportait encore des prix dans les années 1940. CM SNHF 1918, AM RHS 1921 et 1927, note AIS 94/100. Toujours cultivé notamment aux Presby Memorial Iris Gardens (New Jersey). Très probablement l'œuvre personnelle de Séraphin Mottet.
'Ballerine' (1920) — la géante bleue
'Ballerine' est peut-être le plus élégant des iris Vilmorin. Bitone bleu-lavande douce presque unicolore, il atteint 1,22 m — hauteur extraordinaire pour l'époque — avec de très grandes fleurs aux standards bleu perle délicatement ondulés et aux sépales manganese-violet. Fortement parfumée, vigoureuse, note AIS de 94/100 égalant Ambassadeur. Un catalogue d'époque la décrit comme ayant « les plus grandes fleurs d'iris que nous ayons jamais vues ». Toujours commercialisée chez les spécialistes.
'Chasseur' et 'Médrano' (1920)
Les deux autres survivants de la grande promotion de 1920 sont moins célèbres. 'Chasseur', seul iris jaune survivant de Vilmorin, est décrit par Cameron Hall comme « peu séduisant et mauvais performeur ». 'Médrano' est encore pire : extrêmement lent à se développer et réticent à fleurir, fleur terne de pourpre fumeux. Ils ne sont plus guère cultivés.
'Antarès' (1927) — premier broken color tétraploïde
'Antarès' (1927) — Tétraploïde
Iris crème libéralement saupoudré de petites taches et pointillés lavande-brun — « entièrement différent de tout ce qui se cultivait à l'époque ». Cameron Hall note : « extrêmement attractif et différent de tout le reste. » C'est probablement le premier iris tétraploïde à motif "broken color" du commerce. Le premier broken color en général, 'Victorine' (Lémon, 1840), était diploïde. Antarès pousse bien et fleurit abondamment. CM SNHF.
Les variétés perdues
| Variété | Année | Description |
|---|---|---|
| 'Oriflamme' | 1907 (~1904) | PERDUE · Bitone bleu-violet, parent fondateur de la plupart des iris bleus californiens. Importance génétique exceptionnelle malgré la perte. |
| 'Candélabre' | 1909 | PERDU |
| 'Ambigu' | 1916 | PERDU |
| 'Alliés' | 1920 | PERDU · Probablement une création de Séraphin Mottet lui-même. |
| 'Cluny' | 1920 | PERDU · Note HIPS : un imposteur circule actuellement, « proche mais pas identique ». |
| 'Molière' | 1920 | PERDU |
| 'Cassiopée' | 1926 | PERDU |
| 'Le Corrège' | 1927 | PERDU |
L'héritage Verdier — la préservation avant l'heure
La maison Verdier
Les Verdier étaient une famille de pépiniéristes parisiens de premier plan. Victor Verdier (1803–1878), dont le père Antoine Jacques était jardinier du roi Louis-Philippe, était connu pour ses obtentions de roses et de pivoines. La firme s'était aussi intéressée aux iris hybrides, accumulant un matériel de grande qualité incluant des semis issus des tétraploïdes orientaux que Foster avait distribués en France. À la mort d'Eugène Verdier (fils de Victor), Philippe de Vilmorin rachète la collection en 1903 — « certainement la plus belle collection d'iris de l'époque » selon les contemporains.
'La Neige' — la perle blanche
'La Neige' (Eugène Verdier, commercialisé par Vilmorin vers 1912) · Petit iris blanc pur, nain (60 cm environ), « l'une des meilleures variétés blanches bien que plutôt petite » selon les catalogues de l'époque. Recommandé dans la liste des « 25 meilleurs iris » de John C. Wister en 1925. Toujours disponible. Galerie HIPS : historiciris.org/gallery/la-neige/
'Jeanne d'Arc' — la grande plicata
'Jeanne d'Arc' (Victor Verdier, enregistrée par Vilmorin en 1907) est une plicata blanc aux grandes fleurs ébouriffées marquées de bleu-pourpre — parmi les plus belles plicatas de son temps. Une mise en garde importante : le clone circulant actuellement aux États-Unis sous ce nom ne correspondrait pas au clone français original, selon les experts du HIPS. L'identité vraie de la 'Jeanne d'Arc' originale reste incertaine. AIS Wiki : wiki.irises.org/TbFthruJ/TbJeanneDArc
'Prosper Laugier' — le rouge-brun inédit
'Prosper Laugier' (Verdier, commercialisé par Vilmorin en 1914) · Bicolore rouge-brun aux coloris inhabituels pour l'époque : standards cramoisis suffusés de cuivre, sépales cramoisie-veloutés les plus profonds, veinés de jaune et de rouge. Décrit comme « grande amélioration du bien connu Jacquesiana ». Protégé au Guardian Garden du HIPS. Galerie HIPS : historiciris.org/gallery/prosper-laugier/
'Édouard Michel' — la perte la plus regrettée
'Édouard Michel' (Eugène Verdier, vers 1904) était considéré comme l'un des plus beaux iris de son époque : unicolore pourpre-violet intense, lie-de-vin profond, parenté Iris pallida × 'Amas'. Pétales standards larges et frisés. AM RHS. Cameron Hall : « un iris splendide, noble et frappant. » Cette variété est aujourd'hui considérée comme perdue. Il en existe des illustrations de catalogue historique (Harrison's 1933, réimprimé par le HIPS) mais aucun clone vivant n'a été identifié avec certitude. La page HIPS historiciris.org/gallery/edouard-michel/ illustre la variété à partir de documents d'archive.
« On pourrait dire que la préservation des iris n'est pas un processus récent. »
— Cameron Hall, ROOTS vol. 17 nº 1, 2004Tableau récapitulatif : les variétés Verdier-Vilmorin
| Variété | Obtenteur original | Commercialisé | Statut |
|---|---|---|---|
| 'La Neige' | Eugène Verdier | ~1912 | Vivant, commercialisé |
| 'Jeanne d'Arc' | Victor Verdier | 1907 | Vivant, identité disputée |
| 'Prosper Laugier' | Verdier | 1914 | Vivant, Guardian Garden HIPS |
| 'Édouard Michel' | Eugène Verdier | ~1904 | PERDU — illustrations d'archive seules |
Chronologie générale et sources documentaires
Chronologie de la maison Vilmorin et de ses iris
Fondation — Pierre d'Andrieux ouvre sa boutique de graines au Quai de la Mégisserie, Paris.
Alliance Vilmorin-Andrieux — Jeanne Andrieux épouse Philippe-Victoire Lévêque de Vilmorin.
Fondation officielle de Vilmorin-Andrieux et Cie — Acquisition du domaine de Verrières-le-Buisson.
Entrée de Séraphin Mottet chez Vilmorin. Il deviendra le maître d'œuvre de tous les croisements d'iris.
Iris Amas collecté à Amasya (Turquie) par des correspondants de Sir Michael Foster.
Henry de Vilmorin acquiert Amas auprès de Foster. Les premiers croisements diploïde × tétraploïde sont réalisés.
Introduction de 'Caprice' — le plus ancien iris Vilmorin encore cultivé.
Mort d'Henry de Vilmorin. Son fils Philippe prend la direction.
Philippe rachète la collection Verdier — semis de tétraploïdes, plicatas et bicolores rares.
Grande promotion : 'Tamerlan' (premier tétraploïde hybride), 'Isoline', 'Miriam', 'Loute'. Révolution dans le monde de l'iris.
Introduction de 'Monsignor' et 'Oriflamme' (aujourd'hui perdu mais fondateur génétique).
'Alcazar' et 'Eldorado'. Alcazar devient l'iris historique le plus cultivé dans le monde.
'Archevêque', 'Parisiana' (fondateur des plicatas modernes), 'Chérubim'.
'Déjazet' — rare aujourd'hui.
'Opéra' — pourpre lie-de-vin inédit. Mort de Philippe de Vilmorin le 29 juin 1917.
'Magnifica' — iris pentaploïde unique, descendant d'Isoline.
Grande année : 'Ambassadeur', 'Ballerine', 'Chasseur', 'Médrano', 'Alliés' (perdu), 'Cluny' (douteux), 'Molière' (perdu).
Conférence internationale de l'iris à Verrières-le-Buisson (27 mai), organisée par Mottet.
Mottet publie Les Iris Cultivés, avec sa classification colorimétrique en huit classes.
'Antarès' — premier broken color tétraploïde du commerce. Mottet reçoit la Foster Memorial Plaque.
Marc Simonet publie sa thèse cytologique sur les iris, confirmant rétrospectivement la tétraploïdie des cultivars Vilmorin.
Mort de Jacques de Vilmorin. Fin effective du programme d'hybridation des iris.
L'AIS dénombre 247 cultivars tétraploïdes contre 145 diploïdes — la révolution initiée par Vilmorin est accomplie.
Galeries photographiques en ligne
| Variété | Année | Ploïdie | Source principale |
|---|---|---|---|
| Caprice | 1898 | Diploïde | HIPS Gallery |
| Tamerlan | 1904 | Tétraploïde | HIPS Gallery |
| Isoline | 1904 | Triploïde | HIPS Gallery |
| Oriflamme | ~1907 | Tétraploïde | PERDU — aucune image disponible |
| Monsignor | 1907 | Tétraploïde | HIPS Gallery |
| Alcazar | 1910 | Tétraploïde | HIPS Gallery |
| Eldorado | 1910 | Tétraploïde | HIPS Gallery |
| Archevêque | 1911 | Tétraploïde | HIPS Gallery |
| Parisiana | 1911 | Diploïde | HIPS Gallery |
| Ambassadeur | 1920 | Tétraploïde | HIPS Gallery |
| Ballerine | 1920 | Tétraploïde | HIPS Gallery |
| Antarès | 1927 | Tétraploïde | HIPS Gallery |
| La Neige | ~1912 | — | HIPS Gallery |
| Prosper Laugier | 1914 | — | HIPS Gallery |
| Édouard Michel | ~1904 | Tétraploïde | PERDU — illustrations catalogue seules |
Sources principales
Cameron Hall, « Notable Irisarians: Vilmorin, Early Iris Milestones », ROOTS vol. 17 nº 1, printemps 2004 — Historic Iris Preservation Society.
AIS World of Irises, « A French Pioneer: Philippe de Vilmorin », août 2020 — theamericanirissociety.blogspot.com.
AIS Wiki, HybridizerVilmorinAndrieux ; HybridizerMottetSeraphin ; DramaOfIrisDevelopment ; notices individuelles des cultivars — wiki.irises.org.
AIS World of Irises, « The Long History of Irises in France », nov. 2021 — theamericanirissociety.blogspot.com.
Wikipedia : articles « Vilmorin », « Philippe André de Vilmorin », « Philippe de Vilmorin », « Iris mesopotamica ».
FundingUniverse, History of Vilmorin Clause et Cie — fundinguniverse.com.
HIPS, Irises of Note: Alcazar — historiciris.org.
irisenligne (blogspot), « Philippe de Vilmorin et les iris », déc. 2015.
Photos : Historic Iris Preservation Society (HIPS) — historiciris.org/gallery/ — toutes droits réservés à leurs auteurs respectifs.