Société Française des Iris et des Plantes Bulbeuses
⚜ Présentation
La SFIB est une association loi 1901, fondée en 1959, qui rassemble les amateurs et professionnels d'iris, d'hémérocalles et de plantes bulbeuses. Son but est de promouvoir et de préserver ces végétaux, en sensibilisant le public à leur beauté et à leur diversité, et en encourageant la conservation des variétés anciennes et rares.
Activités principales
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Revue « Iris et Bulbeuses »
Publication régulière pour partager informations, conseils de culture et actualités sur les iris et plantes bulbeuses.
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Achats groupés aux États-Unis
Permet aux membres d'accéder à des variétés rares ou nouvelles d'iris et de plantes bulbeuses à tarif avantageux.
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Parrainage « IrisBox »
Offre la possibilité de donner son nom à une nouvelle variété d'iris — une initiative originale pour les passionnés.
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Concours Franciris®
Compétition internationale biennale mettant en valeur les meilleures créations d'iris, au Parc Floral de Paris.
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Rencontres et visites de jardins
Échanges de connaissances, découverte de collections et partage de la passion des iris et plantes bulbeuses.
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Enregistrement de variétés
La SFIB assure l'enregistrement officiel des variétés françaises auprès de l'American Iris Society (AIS).
🌐 Site officiel : www.iris-bulbeuses.org
Une fondation portée par une Anglaise et un prince russe
L'acte de naissance de la SFAI paraît au Journal Officiel le 29 août 1959. Gladys Clarke, dont le prénom anglais trahit une origine britannique, réunit autour d'elle quelques amis passionnés d'iris pour créer cette association loi 1901, immédiatement affiliée à la Société Nationale d'Horticulture de France (SNHF). Parmi les tout premiers membres figure le scientifique Marc Simonet, docteur ès sciences, officier du Mérite agricole et chevalier de la Légion d'honneur, dont les travaux sur les chromosomes de l'iris ont révolutionné la compréhension de l'hybridation.
Clarke restera active dans l'association pendant plus de quatre décennies. On retrouve sa plume dans le bulletin jusqu'au début des années 2000 — notamment dans Iris en Provence (n°144-145, 2002). En 2016, le numéro 166 de la revue lui consacre deux pages d'hommage, témoignage de l'empreinte durable qu'elle a laissée sur la communauté iridophile française.
Le Prince Pierre Wolkonsky et les Jardins de Kerdalo
Le premier président élu est Son Altesse Sérénissime le Prince Pierre Wolkonsky (1901-1997), aristocrate russe né à Saint-Pétersbourg, fils du prince Alexandre Petrovitch Wolkonsky et de Marie Louguinine, peintre accomplie. La famille émigre en France vers 1914. Pierre Wolkonsky passe sa jeunesse à peindre avec sa mère en Italie et en Provence, développant un œil de coloriste qu'il appliquera ensuite à l'art des jardins.
En 1965, à 64 ans, il acquiert un ancien domaine agricole de 18 hectares à Trédarzec (Côtes-d'Armor), surplombant le Jaudy face à Tréguier, où il crée les Jardins de Kerdalo — considérés aujourd'hui comme l'un des plus grands jardins européens créés depuis la Seconde Guerre mondiale. Grottes italiennes, cascades, pagode en bois, canal et plus de 5 000 plantes sélectionnées avec l'aide du pépiniériste britannique Harold Hillier composent ce lieu classé « Jardin Remarquable » en 2005 puis Monument Historique en 2007. La collection d'iris y occupe l'ancien potager.
Après la mort du prince en 1997, sa fille Isabelle Vaughan et son gendre Timothy entretiennent les jardins, avant que le créateur de chaussures Christian Louboutin ne les acquière vers 2020. Un lilas, Syringa vulgaris 'Prince Wolkonsky', honore sa mémoire horticole.
De la SFAI à la SFIB : le tournant de 1972
Le 29 octobre 1972, lors de l'assemblée générale, les articles 1, 2, 6 et 9 des statuts sont modifiés : la Société Française des Amateurs d'Iris devient la Société Française des Iris et plantes Bulbeuses. Ce changement reflète un élargissement délibéré du champ d'action aux tulipes, narcisses, crocus, lys, amaryllis, et plus tard aux hémérocalles. L'ISSN du bulletin change en conséquence — de 1166-8903 à 0980-7594 à partir de 1973.
La période 1972-1974 connaît une effervescence éditoriale remarquable : en plus des quatre numéros trimestriels habituels, huit « inter-revues » supplémentaires sont publiées — l'un des moments les plus prolifiques de la vie de l'association.
L'article 2 des statuts actuels, modifiés lors de l'AG extraordinaire du 16 mars 2013 à Escamps (Lot) — approuvés par 108 voix sur 109 — définit l'objet de la SFIB : promouvoir la culture des iris et autres plantes bulbeuses et tubéreuses, la création de nouvelles variétés par hybridation, la recherche, la multiplication et la conservation des espèces rares. Le siège social est transféré de Jouy-en-Josas vers Laymont (Gers).
Quatorze présidents en soixante-sept ans
La succession présidentielle de la SFIB reflète les cycles de vitalité et de crise d'une association bénévole. Après les neuf années fondatrices de Wolkonsky, le relais passe de main en main — certains mandats brefs témoignent de périodes de turbulence, d'autres, plus longs, ancrent la société dans la durée.
1959 – 1968
Prince Pierre Wolkonsky
Fondateur, créateur des Jardins de Kerdalo
1968 – 1973
Maurice Boussard
Premier mandat
1978 – 1985
Odette Perrier
Autrice de « Des iris, partout en toutes saisons » (1979)
1985 – 1993
Robert Pocreau
1993 – 1996
Maurice Boussard
Second mandat
1996 – 1999
Charles-Guy Bouquet
Naissance de l'idée du Franciris
1999 – 2000
Jean Ségui
Hybrideur, créateur de 'Baliverne'
2000 – 2006
Anne Marie Chesnais
Premier mandat — Franciris 2005
2006 – 2008
Jean Michel Cagnard
2008 – 2010
Anne Marie Chesnais
Second mandat
2013 – aujourd'hui
Roland Dejoux
Hybrideur à Laymont (Gers), ~2 000 variétés
Odette Perrier (1978-1985) marque durablement la société. Résidant à Fayence (Var), elle publie en 1979 chez La Maison Rustique l'ouvrage de référence Des iris, partout en toutes saisons et reste présidente d'honneur. Charles-Guy Bouquet (1996-1999) lance la réflexion sur un concours international — c'est sous sa présidence que naît l'idée du Franciris. Anne Marie Chesnais, en deux mandats, préside le Franciris 2005 et gère les tensions avec le site d'accueil du Tecomah.
Roland Dejoux : le président hybrideur
Depuis 2013, Roland Dejoux préside la SFIB depuis sa propriété des Poumarots à Laymont (Gers), où il cultive l'une des plus grandes collections européennes d'iris — environ 2 000 variétés de grands iris barbus, des botaniques aux créations les plus récentes. Son parcours est celui d'un collectionneur devenu hybrideur par l'amitié : c'est sa rencontre avec l'Australien Barry Blyth, qu'il visite à deux reprises, qui lui enseigne les techniques de sélection.
En 2008, il enregistre ses premières variétés — cinq iris issus de semis de son ami défunt René Dauphin. En 2019, il fait enregistrer 14 créations personnelles. Sa variété 'Soleil de Laymont' remporte le premier prix de la meilleure variété commerciale au Concours international de Florence 2022. Son travail lui vaut le Warburton Medal 2019 de l'American Iris Society. Un reportage de TF1 le présente comme cultivant l'une des plus belles collections d'iris du pays.
L'humilité qui l'honore a longtemps retenu Roland Dejoux de passer de collectionneur à hybrideur. Mais l'amitié avec Barry Blyth et René Dauphin a changé la donne.
— D'après les témoignages dans Iris et Bulbeuses
Iris et Bulbeuses : soixante-cinq ans de publication
Le premier numéro du Bulletin de la Société Française des Amateurs d'Iris paraît en mars 1960, à peine un an après la fondation. La revue, rebaptisée Iris et Bulbeuses — Revue botanique et horticole d'expression française en 1972, a connu plusieurs rythmes : semestriel dans les années 1960 (numéros 1 à 10), trimestriel à partir de 1969 avec une pointe d'activité en 1972-1974, puis un retour progressif au semestriel avant de devenir annuel à partir de 2003. Le numéro 175, paru début 2026, marque l'état actuel de la collection.
Numéros marquants
| N° | Année | Contenu | |
| 1 | 1960 | Premier numéro du bulletin SFAI | Fondation |
| 100 | 1991 | Centième numéro — célébration | Centenaire |
| 104 suppl. | 1992 | Historique complet de la revue | Spécial |
| 135 | 1999 | « Quarante ans déjà ! » — Suzy Frédéric | 40 ans |
| 159 | 2009 | Dossier spécial cinquantenaire | 50 ans |
| 166 | 2016 | Hommage à Gladys Clarke (2 pages) | Hommage |
| 168 | 2018 | Soixantième anniversaire | 60 ans |
| 173 | 2023 | « La French Touch, les iris à la française, de 1656 à 2023 » | Fresque |
| 175 | 2025 | « La compétition Franciris en chiffres » — S. Cancade | Bilan |
Le comité éditorial actuel réunit Roland Dejoux, Gérard Raffaelli, Sylvain Ruaud et Laure Anfosso. La revue accueille des contributeurs internationaux : Anne Blanco-White (Royaume-Uni), Alberto Grossi (Italie), Endre Földesi (Hongrie), Lindolpho Capellari Júnior (Brésil).
L'ensemble des numéros de 1960 à 2016 a été numérisé en PDF et rendu accessible sur le site de la SFIB ainsi que sur l'Iris Encyclopedia du wiki de l'AIS. Les numéros à partir de 2017 sont produits directement en format numérique.
Le Franciris® : vingt-cinq ans de concours international
L'idée du Franciris naît le 24 mai 1997, lors de l'assemblée générale au Parc de la Source à Orléans, quand Sylvain Ruaud propose de créer un concours d'iris pour célébrer l'an 2000. Le projet, initialement baptisé « France-Iris » et limité aux variétés françaises, évolue rapidement en compétition internationale sur le modèle du concours de Florence, créé en 1957. Le nom Franciris est déposé comme marque.
Parcours du concours
La première édition se tient en 2000 aux Jardins de Brocéliande (Bréal-sous-Montfort, Ille-et-Vilaine). 'Samsara' de Lawrence Ransom remporte le grand prix devant 'Mer du Sud' de Cayeux. En 2002, une édition franco-française baptisée « Iriade » voit 'Mer du Sud' triompher.
Le concours migre ensuite au Tecomah de Jouy-en-Josas (2005, 2007, 2011), mais les relations se détériorent — entretien insuffisant des iris, tensions institutionnelles — jusqu'à l'annulation de l'édition 2013. Le sauvetage vient du Parc Floral de Paris (Vincennes), qui accueille le Franciris à partir de 2015 dans le cadre d'une convention avec la Ville de Paris renouvelée jusqu'en 2026.
Le format est aujourd'hui rodé : les hybrideurs du monde entier envoient jusqu'à quatre variétés chacun, plantées deux ans avant le concours. Un jury de cinq experts internationaux évalue chaque iris sur la solidité de la tige, la ramification, le rythme de floraison, la qualité florale et le mérite au jardin.
Les prix décernés
🏆Prix Philippe de Vilmorin
Grand prix — top 3 et mentions
🇫🇷Prix Gladys Clarke
Meilleur iris français
🌿Prix Lawrence Ransom
Meilleure plante de jardin (créé en 2019)
🌸Prix SFIB
Iris le plus parfumé
🎪Prix du Public / Ville de Paris
Choix des visiteurs du Parc Floral
🏅Prix SNHF
Meilleur hybrideur français (depuis 2015)
Résultats marquants
'Barbe Noire' de Richard Cayeux s'impose en 2015 — première victoire française au grand prix. 'Chachar' du Tchèque Zdeněk Seidl domine en 2017 avec 110 variétés en compétition. En 2019, 120 variétés de 35 hybrideurs sont jugées. En 2024, 112 variétés de 33 hybrideurs concourent ; 'Hatshepsout' reçoit le prix Gladys Clarke.
La prochaine édition est programmée du 18 au 22 mai 2026 au Parc Floral de Paris, avec un jury composé de Maria Carla Monaco, Lorena Montanari, Jill et Alun Whitehead, et Jérôme Boulon.
Un réseau international tissé depuis les origines
La SFIB entretient des liens étroits avec les grandes sociétés d'iris mondiales. L'American Iris Society (AIS) reconnaît officiellement la SFIB : une page dédiée sur l'Iris Encyclopedia archive l'intégralité des bulletins et l'historique de l'association. Des juges américains siègent régulièrement au Franciris — E. Roy Epperson, alors président de l'AIS, préside le jury en 2005. La SFIB assure par ailleurs l'enregistrement officiel des variétés françaises auprès de l'AIS — 135 variétés enregistrées en 2021 à elle seule.
Avec la British Iris Society (BIS), les liens remontent à Gladys Clarke elle-même, pont vivant entre les deux rives de la Manche. Lawrence Ransom (1935-2017), hybrideur britannique installé en France pendant cinquante ans, incarne cette connexion : vainqueur du premier Franciris, il publie abondamment dans Iris et Bulbeuses et dans les revues britanniques.
Sylvain Ruaud, encyclopédiste de l'iris et créateur du concept Franciris, publie régulièrement sur le blog de l'AIS World of Irises des articles de fond sur l'histoire des iris français, maintenant la visibilité de la tradition iridophile française dans la communauté anglophone.
Défis actuels et innovations
La SFIB fait face à des défis structurels communs aux associations spécialisées. Ses finances sont saines mais modestes. L'adhésion — 30 € par an pour un membre actif en France — est stable, mais le renouvellement des générations reste une préoccupation. Le forum en ligne, autrefois actif, a cédé la place à Facebook comme espace d'échange. La modernisation du site web iris-bulbeuses.org est à l'étude.
L'innovation la plus remarquable de l'ère Dejoux est le programme IrisBox : l'hybrideur sélectionne des semis prometteurs et offre au public la possibilité de parrainer un iris, de lui choisir un nom et de recevoir des rhizomes, les recettes bénéficiant à la SFIB. En 2022, 70 iris avaient été parrainés et 30 nouvelles variétés enregistrées cette année-là.
La relève : hybrideurs de demain
Richard Cayeux
Dynastie centenaire, exportations dans 50 pays, premier grand prix français au Franciris 2015
Stéphane Boivin
Comptable de métier, trois variétés dans le top 6 au Franciris 2015 — une grande espérance
Alain Chapelle
Spécialiste des teintes chaudes, installé en Bretagne
Sébastien Cancade
Membre du bureau SFIB, hybrideur et statisticien du Franciris
Martin Balland
Jardin d'iris du Crève Cœur, Saint-Dié-des-Vosges
Roland Dejoux
'Soleil de Laymont' primé à Florence, 'Boivin' distingué en Allemagne
Une société discrète mais irremplaçable
L'histoire de la SFIB dessine un arc narratif singulier : née de la rencontre improbable entre une Britannique expatriée et un prince russe en exil, portée pendant des décennies par des bénévoles passionnés, la société a su créer avec le Franciris un concours international reconnu et maintenir avec Iris et Bulbeuses une publication scientifique et horticole sans équivalent francophone.
La numérisation progressive de 65 ans d'archives, le programme IrisBox et la montée en puissance d'une nouvelle génération d'hybrideurs français constituent des signaux encourageants. Le défi principal reste celui de toutes les sociétés de plantes spécialisées au XXIe siècle : transformer une communauté vieillissante en un réseau numérique vivant, capable d'attirer de jeunes passionnés tout en préservant l'expertise irremplaçable accumulée depuis 1959.
Le Franciris 2026, programmé du 18 au 22 mai au Parc Floral de Paris, offrira une nouvelle vitrine internationale à cette ambition. Soixante-sept ans après la poignée de main entre Gladys Clarke et le Prince Wolkonsky, l'iris français continue de fleurir.