SFIB · Portraits · 2026

La relève
Cinq hybrideurs émergents à suivre de près

De l'Isère au Michigan, de la Provence à l'Australie-Méridionale — portrait collectif d'une nouvelle génération qui transforme le monde de l'iris, avec un regard sur la vague mondiale qui s'annonce.

Société Française des Iris et Plantes Bulbeuses · Sources : wiki.irises.org · iris-bulbeuses.org · AIS · BIS · GdS

Une génération nouvelle frappe à la porte

Le monde de l'hybridation d'iris traverse une période de renouvellement sans précédent. Alors que les géants historiques — Keppel, Ghio, Blyth, Cayeux — réduisent progressivement leur activité ou s'effacent, une constellation de talents neufs émerge sur tous les continents. Ces hybrideurs de la relève partagent un trait commun : aucun n'est horticulteur de formation. Expert-comptable, éleveur laitier, étudiant, biologiste, jardinier en chef — tous ont contracté le « virus de l'iris » et se sont formés au contact de maîtres qui les ont guidés.

🌱 Un renouvellement planétaire

En 2024-2025, l'AIS Wiki recense plus de 80 nouveaux hybrideurs dans le monde, originaires de 15 pays différents : États-Unis, Chine, France, Australie, Angleterre, Allemagne, Italie, Pologne, Russie, Ukraine, Lituanie, Nouvelle-Zélande, Suisse, Argentine et Finlande. La Chine, à elle seule, représente plus de 30 nouveaux enregistreurs en deux ans — un phénomène inédit dans l'histoire de l'hybridation.

Cet article dresse le portrait de cinq personnalités montantes qui incarnent cette nouvelle vague, avant d'élargir le regard à la dynamique mondiale — de la floraison chinoise à la renaissance italienne, de la vigueur d'Europe de l'Est à l'émergence de nouveaux noms en France.

Les cinq portraits

🇫🇷
Stéphane Boivin
Isère · 31 variétés
🇫🇷
Marin Le May
Var · Dynastie Anfosso
🇦🇺
Bailey Schiller
Australie-Mérid. · 18+ var.
🇺🇸
Adam Cordes
Michigan · Dykes Medal 2025
🌍
La vague mondiale
107+ hybrideurs chinois + Europe
Stéphane Boivin France · Isère
Expert-comptable et pépiniériste · Les Avenières Veyrins-Thuellin (38) · Pépinière Irrisistible · Trésorier adjoint de la SFIB

L'expert-comptable devenu grande espérance

À moins d'une heure de Lyon, sur les Balcons du Dauphiné, Stéphane Boivin cultive ses iris sur le même terrain que son cabinet comptable — Comptalior — dans un ancien pré converti à l'iridiculture. Qualifié de « grande espérance » par Sylvain Ruaud en 2018 sur le blog de l'AIS, il a enregistré sa première variété en 2011 et en compte aujourd'hui 31, toutes des Grands Iris barbus (TB). Son rythme d'enregistrement s'est fortement accéléré : d'une variété en 2011, il est passé à 8 en 2024.

31
Variétés enregistrées
2011
Début hybridation
1er
Prix Gladys Clarke 2022
1er
Prix du Public 2022

Triomphe au Franciris 2022

Le sommet de sa carrière à ce jour : au Franciris 2022, son semis 16-36-04 — enregistré ensuite sous le nom 'Les Avenières', d'après sa commune — remporte le 1er prix Gladys Clarke (meilleur iris français), le 1er prix du Public (Ville de Paris) et le 2e prix Philippe de Vilmorin (classement général). Une performance remarquable qui confirme un talent longtemps annoncé.

Son parcours Franciris est régulier : dès 2015, il est 2e au prix SNHF des meilleurs hybrideurs français, derrière Cayeux. En 2017, 'Aime Bay' — issu du croisement 'Montmartre' × 'Décadence' — se classe 3e au prix Gladys Clarke et 2e au prix du public.

Variétés-clés et lignées génétiques

Boivin s'appuie massivement sur les génétiques américaines de pointe — Keith Keppel ('Decadence', 'Flash Of Light', 'High Desert', 'Magical'), Paul Black ('Drama Queen', 'Sordid Lives'), Tom Johnson — tout en utilisant les lignées françaises de Richard Cayeux ('Montmartre', 'Mer Du Sud') et des semis de Roland Dejoux.

🧬 Trois croisements phares

'Montmartre' × 'Décadence' → 'Aime Bay', 'Baliste' (germains, 2015) — la connexion Cayeux-Keppel qui a lancé sa carrière. 'Magical' × 'Mayotte' → 'Tafarette', 'Orifère', 'Mindset' — 3 variétés d'un seul croisement. 'All Too Exciting' × 'High Desert' → 'Des Grandes Vignes', 'Nims', 'Rotengle' — sa veine Keppel la plus productive.

La connexion avec Roland Dejoux est réciproque : le président de la SFIB a nommé un iris 'Boivin' (R. 2019) en son honneur. Boivin utilise en retour un semis Dejoux comme parent de 'Corentin' (2024). Ses variétés sont vendues aux États-Unis — Bee Haven Iris Gardens, Bluebird Haven — signe d'un rayonnement international naissant.

🌿 Innovation culturale

Esprit à la fois scientifique et pratique, Boivin a publié en 2017 dans Iris et Bulbeuses un article sur la culture des iris avec film de paillage noir, une technique pionnière permettant un feuillage plus vert, une réduction de l'hétérosporiose et une multiplication plus rapide.

Marin Le May France · Var
Petit-fils de Pierre Anfosso · Fils de Laure Anfosso · Troisième génération Iris en Provence (Hyères)

Troisième génération de la dynastie Anfosso

Il porte un nom mythique de l'iris français. Marin Le May est le fils de Laure Anfosso et le petit-fils de Pierre (1928–2004) et Monique Anfosso (1928–2023), fondateurs de la célèbre pépinière Iris en Provence à La Crau (1974), puis Hyères (1979). Son oncle, Pierre-Christian Anfosso, est l'auteur du légendaire 'Lorenzaccio de Medicis' (1978).

« C'est un bonheur de voir réapparaître le nom d'Anfosso parmi les nouvelles créations. » — Sylvain Ruaud, irisenligne, mai 2015

Son système de numérotation de semis (préfixe « M » suivi de l'année) révèle qu'il croisait dès 2007. Ses premières variétés sont présentées au catalogue en 2015, avec 'Atoll Marin' ('Wings Of Peace' × 'Starring') et 'Port du Niel' — deux amoenas blanc/bleu-violet au parfum de vanille. Sylvain Ruaud confirme en 2023 la qualité de ses créations, citant 'Terre d'Ocre' (2016) comme « très réussie ».

Une toponymie provençale cohérente

Tous ses noms évoquent la côte méditerranéenne : 'Tamaris Plage' (zone balnéaire près de Toulon), 'Madrague' (piège à poissons traditionnel), 'Port du Niel' (presqu'île de Giens), 'Estagnol' (plage entre Bormes et Hyères), 'Les Mots Bleus' (chanson de Christophe). Cette cohérence toponyme ancre son œuvre dans le terroir familial avec une poésie toute provençale.

En compétition, 'Les Mots Bleus' a obtenu la distinction Franciris 2019 (plus de 70 points sur 100 des juges internationaux) — une performance remarquable dès sa première participation au concours.

🏠 La fermeture d'Iris en Provence

La pépinière a fermé définitivement en octobre 2022 lors de la retraite de Laure Anfosso. « La disparition de Iris en Provence reste un événement majeur, et un peu triste, dans l'histoire du monde des iris » a écrit Ruaud. Les sources disponibles ne confirment pas si Le May poursuit l'hybridation de manière indépendante — un point que l'avenir éclairera.

Bailey Schiller Australie · Australie-Méridionale
~25 ans · Kapunda, SA · Smokin Heights Nursery · Protégé de Barry Blyth

Le prodige australien à la mémoire photographique

L'histoire commence par un geste d'enfant : à 13 ans, Bailey Schiller prend les brucelles des mains de sa mère Melissa et commence ses propres croisements. Le virus de l'iris venait de se transmettre à une nouvelle génération. Basé à Kapunda, entre les vallées de la Barossa et de Clare, Bailey dirige avec Melissa la pépinière Smokin Heights, spécialisée dans les iris barbus de type « novelty ».

18+
Variétés enregistrées
2018
1ère inscription AIS
~25
Ans en 2026
6
Falls (iris plats)

Le mentorat de Barry Blyth

Au printemps 2013, Barry Blyth invite les Schiller à Tempo Two (Pearcedale, Victoria). C'est lors de cette visite que la mémoire photographique de Bailey est remarquée : il peut lire un pedigree d'iris et se souvenir de sa position exacte dans le jardin. Blyth reconnaît rapidement que le style d'hybridation de Bailey ressemble au sien — « Have a go with this to that and who knows what you will get! » Le réseau de mentorat s'élargit ensuite à Thomas Johnson, Paul Black et Keith Keppel.

Après la fermeture de Tempo Two (~2018), Blyth confie à Bailey certaines de ses dernières sélections à nommer et introduire — un passage de flambeau symbolique d'un grand hybrideur à son héritier spirituel.

Un style tourné vers l'insolite

🎨 Axes de recherche

Broken colours combinés avec plicata — le pattern le plus imprévisible et le plus recherché. Iris plats (6 falls) — un programme à partir de 'Chaos Theory' et 'Fiasco'. Feuillage panaché — un trait ornemental rare. Tons verts — une frontière chromatique encore peu explorée.

Ses critères de sélection : « des hafts larges et chevauchants, des tiges pas trop hautes [à cause du vent], des standards bien dressés. Et nous aimons le différent. »

Parmi ses variétés notables : 'Blond Response' (R. 2018, sa première inscription), 'Go Loco' (R. 2019, blanc veiné bleu-violet, barbes tangerine), 'Lunacy' (plicata broken colour issu de croisements Blyth), et 'Paint The Stars' (R. 2024, plus d'un mètre de haut).

Adam Cordes USA · Michigan
Éleveur laitier biologique · Hillman, Michigan · Dykes Medal 2025 · Président du Mio Irisarian Iris Club

Du fermier laitier du Michigan au Dykes Medal

À sept miles de la minuscule communauté de Royston, où sa famille est établie depuis 1873, Adam Cordes exploite une ferme laitière biologique avec son frère Nathan. Marié à Autumn, père de cinq enfants, il hybride des iris depuis environ 2004 avec seulement 200 à 300 variétés dans son jardin — une échelle modeste pour un futur lauréat du Dykes Medal.

🏆 Un parcours exemplaire vers le Dykes Medal
2015
Zurbrigg-Mahan Seedling Cup — meilleur semis vu à la Convention AIS de Portland
2016
Enregistrement AIS sous le nom 'Royston Rubies'
2019
Honorable Mention (HM)
2021
Award of Merit (AM)
2023
John C. Wister Medal — plus haute distinction TB
2025
Dykes Medal — plus haute distinction de l'AIS, toutes catégories
2026
Iris of the Year de l'AIS

Anatomie de 'Royston Rubies'

Le croisement est audacieux : 'Prestige Item' (Ben Hager, 1991 — saumon rose lumineux) × 'Cranberry Sauce' (Paul Black, 2002 — vin claret veiné noir). Le résultat : un rouge rubis inédit, avec un voile noir sur les falls, une bordure mauve et des barbes moutarde-orange. Cordes lui-même confie : « Il n'y a pas d'iris rouge cerise. Ce que j'ai obtenu est un accident heureux. C'est le plus proche du rouge que j'aie jamais vu dans mon jardin. »

Court pour un TB (81 cm), doté de 8 à 14 boutons par tige, rustique dans le rude climat du nord du Michigan (zone USDA 5a), 'Royston Rubies' a convaincu les juges par sa vigueur autant que par sa couleur. Introduit commercialement par Mid-America Garden en 2017, il a récolté 17 voix au Dykes Medal 2024 (3e), avant de le remporter l'année suivante.

💑 Anecdote

Quand Adam et Autumn se fréquentaient, il lui a offert des rhizomes d'iris. Elle a attrapé le virus et créé une variété nommée 'Eye for the Guy' en souvenir de leur histoire d'amour. Leurs cinq enfants cultivent et exposent également des iris — une authentique famille iridophile.

La vague mondiale : Chine, Europe et au-delà

Au-delà des cinq portraits individuels, le phénomène le plus frappant de cette décennie est l'émergence simultanée et planétaire de nouvelles communautés d'hybrideurs. Deux foyers majeurs se distinguent : la Chine, phénomène massif et institutionnel, et l'Europe, renaissance plus diffuse mais tout aussi significative.

🇨🇳 La Chine : cent sept hybrideurs en quinze ans

La page « New Hybridizers » du wiki de l'AIS documente environ 107 nouveaux hybrideurs chinois depuis 2011, dont 31 rien qu'en 2024-2025. Le phénomène explose à partir de 2017 (25 nouveaux en une seule année). Pour comparaison, les États-Unis comptaient 11 nouveaux hybrideurs en 2024.

Particularité décisive : la vague chinoise se concentre sur les iris japonais (JI) et les iris d'espèces, pas sur les barbus. Fengyang Yu est le plus prolifique (19+ variétés), suivi par Danqing Li (Université du Zhejiang) avec sa série aux noms poétiques — 'Xia Ri Hai Lang' (Vagues d'été), 'Xia Ri Liu Li' (Verre d'été). C'est un phénomène largement universitaire et gouvernemental, ancré dans les laboratoires de génomique de Pékin, Hangzhou, Harbin et Shanghai. La Chine abrite quelque 60 espèces sauvages d'Iris — l'un des plus riches réservoirs génétiques au monde.

🇪🇺 L'Europe : une renaissance multipolaire

🇩🇪
Allemagne
Pia Altenhofer (Neuendettelsau, Bavière) — diplômée en biologie, hybride depuis 2006, des centaines de variétés aux noms inventés, spécialiste des Space Age. 1er prix GdS Munich 2020. Portraiturée dans Iris et Bulbeuses n°174 (2024). Aussi : Toni Hackel (2025), Annika Hantusch (2023), Maya Behrens (2020).
🇬🇧
Angleterre
Jake Croft — jardinier en chef à Lamport Hall et secrétaire aux adhésions de la British Iris Society (BIS), MHort. Nouvel enregistreur 2024. Trois nouveaux hybrideurs anglais en 2024, un en 2023 (Rachel Mould), un en Écosse en 2018 (Pamela Ferns).
🇮🇹
Italie
Véritable renaissance. Davide Dalla Libera (aussi rosiériste, pépinière Novaspina), Simone Luconi (2018), Eva Uccella (2023), Alda Cantù (2024). Un flux régulier qui prolonge la tradition florentine aux côtés de Garanzini, Montanari et Bianco.
🇵🇱
Pologne
Bartosz Dębkowski (2024, 5 TB aux noms polonais) dans le sillage de Robert Piątek, principal hybrideur européen de l'Est. Aussi : Jolanta Piątek (2018), Magdalena Kulig (2016), Katarzyna Zalewska.
🇺🇦
Ukraine
Malgré le conflit, un flux ininterrompu de nouveaux hybrideurs : Oksana Mazur (2025), Yulia Mikhliuchenko et Svitlana Povod (2024). Tradition solide fondée par Igor Khorosh et Svetlana Yakovchuk.
🌍
Autres pays
Suisse (Sharlene Sutter, 2025), Finlande (Peter Joy, 2019), Belgique (Etienne Nouwen, 2020), Lituanie (Pranciskus Puidokas), Nouvelle-Zélande (Lynda Crossen, 2025), Argentine (Javier Tarillo Egner, 2024).
📊 Chiffres-clés 2024-2025
PaysNouveaux hybrideurs 2024Nouveaux hybrideurs 2025
🇨🇳 Chine1615
🇺🇸 États-Unis1111
🇬🇧 Angleterre3
🇮🇹 Italie2
🇺🇦 Ukraine21
🇷🇺 Russie21
🇫🇷 France11
🇩🇪 Allemagne1
🇵🇱 Pologne1
🇦🇺 Australie2
🇳🇿 Nouvelle-Zélande1
🇨🇭 Suisse1

Source : wiki.irises.org/Hist/NewHybridizers, mis à jour le 8 février 2026.

Et en France : trois noms de plus à retenir

Outre Boivin et Le May, plusieurs hybrideurs français émergents méritent l'attention. Nous en retenons trois dont les premiers pas sont déjà remarqués.

Nathalie Kacza France · Alsace
Co-fondatrice de L'Iriseraie · Kuttolsheim (67) · Trésorière de la SFIB · 2 variétés enregistrées (2022)

Avec Matthieu Riess, Nathalie Kacza anime L'Iriseraie à Kuttolsheim, un jardin de plus de 1 000 variétés d'iris barbus ouvert gratuitement au public chaque mai. Son jardin présente les variétés par thèmes : couleurs, hybrideurs, lauréats internationaux, incluant tous les Dykes Medal depuis 1960 et les lauréats Franciris.

Elle a enregistré en 2022 deux TB : 'Étienne Burger' et 'Kettelse' ('Noctambule' × 'Full Figured'). Ce dernier nom est l'ancien nom alsacien de Kuttolsheim — même ancrage toponymique que chez Boivin et Le May. Sa philosophie : « On essaie d'imaginer : si je croise cette fleur violette avec cette autre, jaune, que vais-je obtenir ? C'est le côté artistique, peintre, du métier. »

Jean-Luc Rémy France
2 variétés enregistrées (2022) · Résultats Franciris remarquables pour un débutant

Le plus mystérieux des trois — localisation précise inconnue, aucune interview retrouvée. Mais ses résultats Franciris parlent pour lui. Dès 2019, le semis 157-G (futur 'Marceline Lyna', issu de 'Venetian Glass' × 'Social Graces') obtient le 2e prix Gladys Clarke et le 9e prix Philippe de Vilmorin, à égalité avec 'Swedish Lullaby' de Keppel. Au Franciris 2024, un nouveau semis (JLR 666-J) se classe 10e au Vilmorin. Deux compétitions, deux classements remarquables — un profil à surveiller de très près.

Bénédicte Mortini France
Nouvelle enregistreuse AIS en 2024

Identifiée en 2024 comme nouvelle hybridrice française sur le wiki de l'AIS. Également à signaler : Jean-Pierre Mary, nouveau enregistreur français en 2025, et Thierry et Isabelle Lanthelme (2020). La France produit régulièrement de 1 à 4 nouveaux hybrideurs chaque année depuis 2015 — un signe de vitalité qui prolonge la tradition de Cayeux, Dejoux et Bourdillon.

Ce qui unit la nouvelle génération

Cinq traits communs émergent des portraits qui précèdent.

1. L'hybridation comme seconde vie

Boivin est expert-comptable, Cordes éleveur laitier, Schiller étudiant, Altenhofer biologiste, Croft jardinier professionnel — aucun n'est horticulteur de formation. L'iris est un art qui se greffe sur une autre existence.

2. L'importance du mentorat

Schiller par Blyth, Le May par la dynastie Anfosso, Boivin par Dejoux, Cordes introduit par Mid-America Garden. Chaque talent a été reconnu et guidé par un aîné.

3. Un ancrage géographique revendiqué

'Les Avenières' (Boivin), 'Royston Rubies' (Cordes), 'Port du Niel' (Le May), 'Kettelse' (Kacza), 'Mid North Star' (Schiller) — les noms sont des déclarations d'appartenance au terroir.

4. Un socle génétique commun mondialisé

Keppel, Black, Blyth, Schreiner — les mêmes lignées américaines et australiennes irriguent les programmes de tous ces hybrideurs, quelle que soit leur nationalité. La boucle génétique USA → Australie → France → USA est plus active que jamais.

5. Une accélération récente

Boivin passe de 1 à 8 variétés par an, la Chine produit 31 nouveaux hybrideurs en deux ans, Schiller atteint 18+ enregistrements à 25 ans. Le rythme s'accélère partout.

Deux dynamiques complémentaires

La vague chinoise, par sa nature institutionnelle et son focus sur les iris d'espèces et japonais, représente un phénomène fondamentalement différent des parcours occidentaux individuels. Mais les deux dynamiques se complètent : les Occidentaux repoussent les limites esthétiques de l'iris barbu (broken colour, luminata, Space Age), tandis que les Chinois élargissent le champ taxonomique et génomique de l'hybridation avec 60 espèces sauvages endémiques et des laboratoires de pointe.

L'Europe, entre ces deux pôles, fait entendre sa voix propre : l'Allemagne avec Altenhofer et son programme Space Age, l'Italie avec sa renaissance florentine, la Pologne avec Piątek et ses successeurs, l'Ukraine avec une tradition obstinée que même le conflit ne brise pas, et la France avec une relève qui commence à se structurer autour de la SFIB et du Franciris.

🌍 Un monde d'iris en mutation

L'iris barbu moderne, avec ses 30 000+ cultivars enregistrés, reste l'un des organismes ornementaux les plus intensément sélectionnés de la planète. Mais son épicentre créatif, longtemps résolument américain, se déplace et se diversifie. Pour la première fois dans l'histoire de l'hybridation, la prochaine décennie pourrait voir émerger des innovations majeures depuis la Chine, l'Australie, la Pologne ou la France autant que depuis l'Oregon ou la Californie. La relève est en marche — et elle est planétaire.