L’iris et l’Italie — un lien millénaire
Du giaggiolo florentin à la conquête des concours internationaux
L’Italie entretient avec l’iris un lien millénaire et unique au monde. Florence porte sur ses armoiries un iris depuis le XIIe siècle ; la Toscane a fourni pendant des siècles la racine d’iris la plus prisée de la parfumerie mondiale ; et le Concorso Internazionale dell’Iris, créé en 1954, reste le plus ancien concours international d’iris en activité. Pourtant, l’hybridation italienne n’a véritablement émergé sur la scène internationale qu’à la fin des années 1990.
En l’espace d’une génération, une poignée d’hybrideurs passionnés a transformé l’Italie en acteur majeur du monde de l’iris, remportant des prix à Florence, à Paris et au-delà. Des sept Fiorino d’Oro décernés entre 2018 et 2024, quatre sont allés à des Italiens — un renversement historique pour un concours longtemps dominé par les hybrideurs américains.
L’hybridation était, en Italie, considérée comme un passe-temps, pratiqué par des intellectuels et autres gens de la bonne société qui ne considéraient pas nécessaire d’enregistrer leurs créations.
— Sylvain Ruaud, irisenligne, 2019Cette monographie retrace l’histoire singulière de l’iris en Italie, depuis la confusion héraldique entre lis et iris jusqu’à la consacration internationale des hybrideurs transalpins. Utilisez le menu déroulant ci-dessus pour naviguer librement entre les chapitres.
Florence et l’iris — une confusion vieille de huit siècles
Le célèbre « giglio » florentin est en réalité un iris
Le célèbre « giglio » florentin — omniprésent sur le Palazzo Vecchio, le campanile de Giotto, les plaques de rues et le maillot de la Fiorentina — est en réalité un iris. Plus précisément, il s’agit d’Iris germanica var. florentina, localement appelé « giaggiolo ».
Nel suo gonfalone, come emblema, c’è un’iris rossa (e non un giglio come erroneamente si crede). — Società Italiana dell’Iris
La confusion entre lis et iris remonte à une époque où la classification botanique était approximative. Des botanistes aussi célèbres que Redouté et De Candolle classaient les iris parmi les Liliaceae. Ce n’est qu’au XIXe siècle que l’iris a cessé d’être considéré comme un « lis ». En héraldique, le terme « giglio » s’est perpétué alors même que la fleur représentée — avec ses cinq pétales supérieurs et ses étamines caractéristiques — est clairement un iris. Le « giglio bottonato » florentin se distingue d’ailleurs de la fleur de lis française par la présence systématique des étamines.
Chronologie du symbole florentin
L’iris est attesté comme symbole florentin depuis la seconde moitié du XIIe siècle. Les Florentins le portaient déjà au combat lors de la première croisade (1096-1099). En 1251, après la victoire des Guelfes sur les Gibelins à la bataille de Figline Valdarno, les couleurs furent inversées : l’iris blanc sur fond rouge (emblème gibelin) devint un iris rouge sur fond blanc (emblème guelfe), qui perdure jusqu’à nos jours.
Dante évoque cette inversion dans le Paradis (Chant XVI, 152-154). En 1252, le premier florin d’or (fiorino d’oro) fut frappé avec le giglio sur une face et saint Jean-Baptiste sur l’autre — cette monnaie allait devenir l’une des plus stables d’Europe médiévale.
Un iris, pas un lis ! Il est savoureux de noter que la fleur de lis française dérive elle aussi d’un iris — probablement Iris pseudacorus, l’iris des marais jaune, qui poussait abondamment le long de la rivière Lys entre le Pas-de-Calais et Gand. Ainsi, les deux grands emblèmes héraldiques européens attribués au lis sont en réalité des iris : Iris florentina (blanc veiné de bleu) pour Florence, Iris pseudacorus (jaune) pour la France.
L’iris florentin et la parfumerie — un héritage précieux
La racine d’orris, l’un des ingrédients les plus coûteux de la parfumerie mondiale
Au-delà de l’héraldique, Iris florentina a nourri pendant des siècles l’une des industries les plus raffinées de Toscane. La racine d’iris — le rhizome séché, appelé « racine d’orris » — produit l’un des ingrédients les plus coûteux de la parfumerie mondiale. Les fleurs elles-mêmes n’ont pratiquement aucun parfum ; la magie opère sous terre.
Les rhizomes sont récoltés après 3-4 ans de culture, puis séchés pendant 3 à 5 ans pour développer leur signature olfactive poudrée et violettée, due à la formation lente de composés d’irone par oxydation. Une tonne de racine d’iris séchée ne produit qu’environ 2 kilogrammes de beurre d’iris, dont le prix peut atteindre 80 000 €/kg.
Une histoire toscane
Pline l’Ancien notait déjà que les plus fines essences d’iris provenaient de la Méditerranée. En 1876, la Toscane exportait environ 10 000 tonnes de rhizomes séchés — une industrie considérable. La culture s’est concentrée autour de San Polo in Chianti et des collines du Valdarno.
Catherine de Médicis, en épousant Henri II en 1533, emmena avec elle des parfumeurs florentins et leur savoir-faire sur la racine d’iris, contribuant ainsi à fonder l’industrie française du parfum. À partir de 1850, Iris florentina fut progressivement remplacée par Iris pallida dans la culture commerciale, cette dernière offrant un rendement supérieur et un parfum plus proche de la violette.
Aujourd’hui encore, l’Officina Profumo-Farmaceutica di Santa Maria Novella, l’une des plus anciennes pharmacies du monde, utilise l’iris dans ses compositions.
Le Giardino dell’Iris — un jardin unique au monde
Le seul jardin botanique monogénérique au monde consacré exclusivement au genre Iris
Sur le flanc oriental du Piazzale Michelangelo, dominant Florence et la vallée de l’Arno, s’étend le seul jardin botanique monogénérique au monde consacré exclusivement au genre Iris. Ce jardin de 2,5 hectares — récemment agrandi de 3 500 m² grâce au soutien de la Fondazione CR Firenze — est né de la passion de deux femmes remarquables.
La fondation (1954-1959)
En 1954, Flaminia Specht (née Goretti, 1905-2004) et Nita Stross Radicati, membres de la Società Italiana Amici dei Fiori et hybrideuses passionnées, proposèrent de créer un concours international de l’iris à Florence. Piero Bargellini, alors assesseur aux Beaux-Arts et Jardins (et futur maire de Florence), obtint le soutien de la municipalité et l’attribution du terrain du « Podere dei Bastioni ». Le jardin, conçu par l’architecte Giuliano Zetti, fut inauguré en mai 1957.
Le 12 mars 1959, la Società Italiana dell’Iris (S.I.D.I.) fut formellement constituée à l’initiative du botaniste Alberto Chiarugi, qui en devint le premier président. Association culturelle à but non lucratif, elle fonctionne entièrement grâce à des bénévoles passionnés.
Les collections
Le jardin abrite aujourd’hui entre 2 000 et 3 000 variétés, principalement des grands iris barbus (Iris barbata alta), mais aussi des iris intermédiaires, nains, de bordure, japonais, de Sibérie, de Louisiane, Spuria, de Californie et des espèces sauvages — dont Iris pallida, Iris florentina, Iris setosa et Iris unguicularis. Il conserve la collection complète des lauréats de la Dykes Medal américaine depuis 1927.
Reconnu comme réserve importante de patrimoine génétique du genre Iris, le jardin fait partie depuis 2021 du périmètre UNESCO du patrimoine mondial de Florence. Il est ouvert au public gratuitement chaque année, généralement du 25 avril au 20 mai environ.
Le Concorso Internazionale dell’Iris — le doyen des concours
Le plus ancien concours international d’iris encore en activité, fondé en 1954
Le Concorso Internazionale dell’Iris « Premio Firenze » est le plus ancien concours international d’iris encore en activité. Annoncé dès 1954, il s’est tenu pour la première fois en 1957, et sa 67e édition a eu lieu en mai 2025. En 2026, la 68e édition est programmée du 4 au 9 mai.
Un processus rigoureux et anonyme
Les hybrideurs du monde entier envoient leurs rhizomes à Florence entre juin et septembre. Chaque variété reçoit un code anonyme : le jury ne connaît ni le nom de la variété ni celui de l’hybrideur. Les rhizomes sont cultivés au jardin pendant trois années complètes, observés à chaque floraison. Un jury international de cinq membres procède à l’évaluation finale. Chaque hybrideur peut inscrire un maximum de six variétés par catégorie. Le record de participation fut atteint en 2004 avec 150 nouvelles variétés.
Le Fiorino d’Oro et les prix spéciaux
Le premier prix — le Fiorino d’Oro (Florin d’Or) — est une médaille d’or évoquant le célèbre florin médiéval. C’est la distinction suprême du monde de l’iris en Europe. Le palmarès comprend de nombreux prix spéciaux :
- Fiorino d’Oro — meilleure variété (1er prix)
- Premio Regione Toscana — 2e prix
- Premio Confindustria Toscana — 3e prix
- Medaglia « Piero Bargellini » — 4e prix (décerné par la S.I.D.I.)
- Premio Comune di Firenze — meilleur iris rouge (en référence au gonfalon)
- Premio Amici dei Fiori « Silvio Bidallo » — meilleur iris d’un hybrideur italien
- Premio I Profumi di Boboli — variété la plus parfumée
- Premio Louise Branch — meilleure ramification
- Premio Garden Club di Firenze — couleur la plus originale
- Premio Rora e Luciano Bausi — meilleur iris bleu
- Premio Laura Tancredi — meilleur iris rose
- Premio Società San Giovanni Battista — meilleur iris violet
- Premio Anne E. Barbetti Bahrenburg — meilleur iris jaune
- Premio Giorgio Saviane — meilleur iris précoce
- Premio Antonio Del Campana — meilleur iris tardif
- Premio Dario Bianco — meilleur iris barbu de bordure (BB)
Les lauréats récents du Fiorino d’Oro (2017-2025)
| Année | Éd. | Variété | Hybrideur | Pays |
|---|---|---|---|---|
| 2025 | 67e | Rocket Woman | Terry Aitken | USA |
| 2024 | 66e | Me Pizzica | Augusto Bianco | Italie |
| 2023 | 65e | Azzurro Cielo | Angelo Garanzini | Italie |
| 2022 | 64e | Matka Theresa | Robert Piatek | Pologne |
| 2021 | 63e | Belle Fille | Marky Smith | USA |
| 2020 | 62e | Dalí | Augusto Bianco | Italie |
| 2019 | 61e | Chachar | Zdeněk Seidl | Rép. tchèque |
| 2018 | 60e | Anima Cara | Angelo Garanzini | Italie |
| 2017 | 59e | Spirit Rider | Schreiner’s | USA |
Sur sept éditions entre 2018 et 2024, quatre Fiorino d’Oro sont allés à des Italiens — un renversement historique.
Chronique d’un long sommeil et d’un réveil éclatant
Des pionnières aristocrates au premier enregistrement en 1997
Des aristocrates dilettantes
En Italie, hybrider les iris a très longtemps été considéré comme une distraction pour aristocrates ou jardiniers dilettantes. — L’Iriseraie de Gombault
Les pionnières furent remarquables, mais leurs créations restèrent largement confidentielles :
Mary Senni (née Mary Gayley, 1884-1972), Américaine ayant épousé le comte Giulio Senni en 1907, hybrida dans son jardin romain de Grottaferrata dès les années 1930. Gina Sgaravitti, d’origine vénitienne, créa une pépinière à Rome et produisit ‘Beghina’. Flaminia Goretti (1905-2004) fut la cheville ouvrière de la création du Giardino dell’Iris. En 1973, ‘Rosso Fiorentino’ (attribué à George Specht) remporta le Fiorino d’Oro — premier iris d’obtention italienne à décrocher la récompense suprême. Eva Mameli Calvino — la mère de l’écrivain Italo Calvino — publia de nombreux articles sur les iris dans les années 1930-1950.
1997-1999 : le tournant historique
Le premier enregistrement d’une variété italienne auprès de l’AIS n’eut lieu qu’en 1997 — une date remarquablement tardive pour un pays abritant le plus ancien concours international d’iris. Le véritable coup de tonnerre survint en 1999, lorsque ‘Settimo Cielo’ de V. Romoli battit l’américain ‘Swingtown’ pour remporter le Fiorino d’Oro.
2000-2013 : la montée en puissance
Les victoires se succédèrent au Fiorino d’Oro : ‘Recondita Armonia’ de Mauro Bertuzzi (2006), ‘Alé Viola’ de Stefano Gigli (2010), ‘Cheyenne my Dog’ de Roberto Marucchi (2012), ‘Vento di Maggio’ d’Augusto Bianco (2013). Parallèlement, de nombreux hybrideurs italiens commençèrent à accumuler les prix spéciaux : Antonella Affortunati, Angelo Bolchi, Angelo Garanzini, Simone Luconi, Lorena Montanari, Valeria Negri, Stefano Paolin, Davide Dalla Libera.
2015-2025 : la consécration internationale
En 2015, ‘Cielo Alto’ d’Angelo Garanzini se classa 2e au concours Franciris à Paris, décrochant également les prix du meilleur parfum et de la meilleure plante de jardin — première percée majeure d’un iris italien dans un concours international hors d’Italie.
En 2022, ‘Parfum Parisien’ de Lorena Montanari remporta le prix SFIB du meilleur parfum et le prix de la presse horticole au Franciris. À Florence, sur les sept Fiorino d’Oro décernés entre 2018 et 2024, quatre furent remportés par des Italiens.
Les hybrideurs italiens contemporains — portraits croisés
D’Augusto Bianco à la nouvelle génération, la galaxie italienne
Augusto Bianco — le patriarche du renouveau
Pépinière IRIDE / Nina Iris — Gabiano, Piémont · 3 Fiorino d’Oro
Figure centrale de l’hybridation italienne moderne, Bianco travaille depuis le début des années 1990 à Gabiano, dans le Monferrato piémontais. Son catalogue dépasse les 200 variétés enregistrées couvrant sept classes d’iris (TB, BB, IB, SDB, MDB, MTB, Spuria). Ses trois victoires au Fiorino d’Oro : ‘Vento di Maggio’ (2013), ‘Dalí’ (2020), ‘Me Pizzica’ (2024).
Sa nomenclature est profondément enracinée dans la culture italienne : dialecte piémontais (‘Bacicia’, ‘Baloss’), gastronomie (‘Nduja’, ‘Slow Food’), art (‘Arcimboldo’, ‘Dalí’), musique (‘Long Play’). Au Franciris 2022, ‘Maggese’ remporta le Prix Lawrence Ransom de la floribondité.
Angelo Garanzini — l’étoile devenue fixe
2 Fiorino d’Oro · Premier Italien au palmarès du Franciris
Deux Fiorino d’Oro : ‘Anima Cara’ (2018, TB rose-violet et blanc crème, 110 cm) et ‘Azzurro Cielo’ (2023). Son ‘Cielo Alto’ fut le premier iris italien à obtenir une place d’honneur au Franciris (2e place, 2015). Il accumule les prix spéciaux à Florence : meilleur bleu (‘Cielo Velato’), meilleur rouge (‘Bisonte Europeo’), meilleur italien (‘Duca dei Gonzaga’, 2025). En hommage à son aîné, il a nommé l’une de ses variétés ‘Augusto Bianco’ (R. 2016).
Lorena Montanari — la voix de l’opéra dans les iris
Rimini, Émilie-Romagne · Triomphe au Franciris 2022 · Juge internationale
Reconnue internationalement, distribuée aux États-Unis par Bruce Filardi (International Iris) et Paul Black (Mid-America Garden). Sa variété ‘Parfum Parisien’ (R. 2022) a remporté simultanément le Prix SFIB du meilleur parfum, le Prix de la Presse Horticole et la 3e place au vote du public au Franciris 2022. C’est un TB (94 cm) aux standards blanc crème veinés de jaune canari, aux sépales lavés d’acajou sur fond jaune, aux barbes mandarine et au parfum sucré prononcé.
Ses noms s’inspirent de l’opéra italien : ‘Barbiere di Siviglia’, ‘Va, Pensiero’, ‘Mi Chiamano Mimì’ (prix du meilleur rose à Florence 2025), ‘Regina della Notte’, ‘Donna Anna’.
Roberto Marucchi — l’originalité de l’arilbred
Piémont · Fiorino d’Oro 2012 · Spécialiste arilbreds
L’un des très rares hybrideurs italiens à travailler les iris arilbreds. Ses variétés portent des noms de commedia dell’arte : ‘Arlecchino’, ‘Colombina’, ‘Pantalone’. Son ‘Cheyenne my Dog’ remporta le Fiorino d’Oro en 2012, et ‘Controcorrente’ se classa 2e en 2022. Fait notable : Marucchi utilise des variétés de Bianco comme parents, illustrant la pollinisation croisée entre hybrideurs italiens.
Luigi Mostosi — la mémoire du lac d’Iseo
Trebecco, Bergame · 30 hybrides enregistrés · Premier iris italien primé au Franciris
Jardin au château médiéval de Trebecco, à 2 km du lac d’Iseo. Son ‘Arcobaleno’ (R. 2003) fut le premier iris italien primé au Franciris (prix du meilleur parfum, 2007). Décédé prématurément, il a laissé son jardin à sa fille Cristina Mostosi, qui a ouvert le Giardino delle Iris di Trebecco au public à partir de 2018, sous la devise « La Bellezza salverà il Mondo ».
Tiziano Dotto — le Vénitien discret
Venise · Actif depuis les années 1990 · Juge accrédité
Actif depuis les années 1990 (premières entrées au concours de Florence en 1996), il a enregistré ‘Egeo’, ‘Blue Gothic’ (primé au concours de Munich en 2014), ‘Sara of Florence’, ‘Ice Fresh’. Juge accrédité de la Società Italiana dell’Iris.
La galaxie italienne : les autres hybrideurs de talent
L’Italie sur la scène internationale — Florence, Paris et au-delà
Le Franciris comme vitrine européenne et l’axe franco-italien
Le Franciris : vitrine européenne
Le Franciris, concours biennal organisé par la SFIB au Parc Floral de Paris, est devenu le second terrain de jeu des hybrideurs italiens. Les étapes clés de la participation italienne :
| Année | Variété | Hybrideur | Récompense(s) |
|---|---|---|---|
| 2007 | Arcobaleno | Luigi Mostosi | Prix du meilleur parfum |
| 2015 | Cielo Alto | Angelo Garanzini | 2e prix + parfum + meilleure plante de jardin |
| 2022 | Parfum Parisien | Lorena Montanari | 6e + Prix SFIB parfum + Presse Horticole + 3e public |
| 2022 | Maggese | Augusto Bianco | 9e + 1er Prix Lawrence Ransom (floribondité) |
| 2024 | In Rosa Per Caso | Valeria Negri | 1er prix du public |
Un réseau franco-italien dynamique
Les liens entre les communautés française et italienne sont tissés serré. Des juges italiens ont présidé le Franciris (Paolo Gambassini en 2000, Valeria Romoli en 2011, Sofia Cavini en 2024) ; des juges français siègent régulièrement à Florence. La revue Iris et Bulbeuses de la SFIB consacre régulièrement des articles aux hybrideurs italiens (Bianco dans le n° 169, Montanari dans le n° 168).
Sylvain Ruaud, à travers son blog irisenligne (2001-2023, plus de 2 800 articles) et ses publications dans le blog de l’AIS (World of Irises), a considérablement contribué à faire connaître l’hybridation italienne, notamment par ses articles « L’Italie, grande enfin » (2019) et « The Italian Ladies » (2019-2020).
Des hybrideurs français comme Richard Cayeux (Fiorino d’Oro en 2007 et 2009), Roland Dejoux et Nicolas Bourdillon participent régulièrement au concours de Florence, créant un véritable axe franco-italien de compétition et d’émulation. Outre-Atlantique, Bruce Filardi (International Iris, Portland) a introduit des iris italiens sur le marché américain.
Tendances et caractères — de l’hybridation italienne
Grand barbu, quête du rouge, parfum et nomenclature culturelle
Prédominance du grand barbu, diversité croissante
Les hybrideurs italiens se concentrent massivement sur le grand iris barbu (Tall Bearded), ce qui s’explique par le format du concours de Florence et par l’adaptation naturelle de ce type au climat méditerranéen. Cependant, Augusto Bianco fait figure d’exception majeure avec ses 41 nains standards (SDB), une vingtaine de barbus de bordure, autant d’intermédiaires, et même des incursions dans les Spuria. Roberto Marucchi explore les arilbreds.
La quête du rouge et les défis du climat
La recherche de l’iris rouge occupe une place symbolique particulière en Italie : le prix du Comune di Firenze récompense chaque année la variété la plus proche du rouge du gonfalon florentin. Bianco y excelle avec ‘Vibrazioni di Velluto’, ‘Nduja’, ‘Purosangue’ ; Garanzini avec ‘Bisonte Europeo’. Mais un iris véritablement rouge, au sens chromatique strict, demeure un Graal inaccessible.
Le climat méditerranéen impose ses contraintes. Sylvain Ruaud notait que nombre de premières créations de Bianco furent écartées parce que leurs couleurs passaient rapidement au soleil — signe que la sélection pour la tenue des coloris est un enjeu central.
Des noms profondément italiens
L’une des signatures les plus attachantes de l’hybridation italienne est sa nomenclature culturelle, puisant dans l’opéra (‘Recondita Armonia’, ‘Va, Pensiero’, ‘Mi Chiamano Mimì’), la gastronomie (‘Nduja’, ‘Brachetto’, ‘Slow Food’), la géographie (‘Burano’, ‘Valdarno’, ‘Libarna’), la poésie (‘Anima Cara’, ‘Vento di Maggio’, ‘La Vita è Bella’) et le dialecte régional (‘Bacicia’, ‘Baloss’, ‘Bonet’, ‘Farfui’).
Le parfum : un axe d’excellence
Le parfum est un domaine où les Italiens brillent avec constance. Les prix de la meilleure fragrance reviennent régulièrement à des variétés italiennes, tant à Florence (‘Notte Profumata’ de Negri, ‘Serio Ma Non Troppo’ de Garanzini, ‘Letizia Marina’ de Luconi) qu’au Franciris (‘Arcobaleno’ de Mostosi, ‘Cielo Alto’ de Garanzini, ‘Parfum Parisien’ de Montanari). Cette excellence dans le domaine olfactif n’est peut-être pas un hasard dans le pays qui a donné au monde la racine d’orris et l’art de la parfumerie florentine.
Le chapitre italien de l’histoire de l’iris est loin d’être achevé — il ne fait, en réalité, que commencer.
Sources et références
Institutions et concours
Società Italiana dell’Iris — societaitalianairis.com — histoire, concours, lauréats, règlement.
Giardino dell’Iris, Florence — ortobotanicoitalia.it
Franciris / SFIB — iris-bulbeuses.org — résultats Franciris 2022, 2024.
AIS Iris Wiki — wiki.irises.org — fiches hybrideurs et variétés.
Blogs et articles
Sylvain Ruaud, irisenligne — « L’Italie, grande enfin » (sept. 2019).
Sylvain Ruaud, irisenligne — « L’Europe des iris en 2019 » (oct. 2019).
AIS World of Irises — « The Italian Ladies » (sept. 2019).
AIS World of Irises — « Italian Irises, Great at Last! » (fév. 2020).
Florence Journal — 54th International Iris Competition.
La Nazione — Firenze premia i migliori iris: vince Augusto Bianco.
Pépinières et hybrideurs
Augusto Bianco / IRIDE / Nina Iris — biancoiride.it / ninairis.com
Lorena Montanari — Secret Iris Private Garden
Gli Iris di Carosa — iriscarosa.it (Bologna)
International Iris (Bruce Filardi, Portland) — internationaliris.com
L’Iriseraie de Gombault — Les hybrideurs italiens
Héraldique et histoire florentine
Wikipedia — Giglio di Firenze.
Comune di Firenze — comune.fi.it — communiqués de presse du concours.
ANSA Toscana — ansa.it/toscana — résultats 2023.