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ArilWorld
Portail des iris oncocyclus, régélia et arilbreds

Le segment le plus exotique et le moins documenté numériquement du monde de l'iris — espèces sauvages du Moyen-Orient et d'Asie centrale, hybrides arilbreds, culture, conservation. En hommage à Lawrence Ransom (1954–2016).

S · F · I · B — Dossier encyclopédique · Avril 2026
Chapitre I

Les Oncocyclus
rois du Moyen-Orient

La section Oncocyclus (du grec onkos = masse, kyklos = cercle, référence à l'arille charnu qui orne chaque graine) compte 30 à 60 espèces selon les autorités taxonomiques, réparties de la Turquie au Caucase, à travers le Levant jusqu'au désert du Néguev, et vers l'est jusqu'en Iran. Le nombre chromosomique est constant : 2n = 20 (diploïde). La section a été décrite par Siemssen en 1846 comme genre, rétrogradée en sous-genre par Baker (1877), puis en section par Dykes (1914).

Caractères diagnostiques du groupe

Les Oncocyclus se distinguent par une combinaison unique de traits. Chaque tige ne porte qu'une seule fleur solitaire, souvent globuleuse et démesurément grande par rapport à la plante (jusqu'à 12–20 cm de diamètre). Les sépales (falls) portent un signal patch — une tache sombre, veloutée, généralement noir-pourpre — près de la barbe. La barbe est présente sur les falls uniquement (jamais sur les standards, contrairement aux Regelia). Les rhizomes sont compacts, noueux, non stolonifères (à quelques exceptions comme I. bismarckiana et I. lortetii). Les feuilles sont étroites, souvent falciformes et glauques.

Pollinisation par tromperie thermique

La pollinisation est assurée par des abeilles solitaires mâles (Eucerinae) qui s'abritent la nuit dans la fleur, attirées par la chaleur du signal sombre — il n'y a pas de production de nectar. La tache sombre absorbe le rayonnement solaire et crée un microclimat tiède à l'intérieur de la fleur globuleuse. Le mâle, en cherchant un abri, se couvre de pollen qu'il transporte à la fleur suivante.

Espèces principales

Iris susiana L. — « Iris de Deuil » ou « Iris de Chalcédoine » Prob. éteinte à l'état sauvage

Espèce type de la section, cultivée depuis environ 7 000 ans, introduite à Vienne en 1573. Originaire du Liban, Syrie et Turquie ; les plantes en commerce sont possiblement des formes d'I. sofarana ou I. basaltica. Fleurs gris-blanc à bleu-blanc, intensément veinées et ponctuées de pourpre profond à presque noir. Tiges de 30–38 cm, feuilles glauques de 25 cm. Signal noir-pourpre, barbe pourpre. Floraison en mai. Très sensible aux virus (mosaïque de l'iris). Des motifs de cette fleur sont gravés dans le Taj Mahal.

Iris bismarckiana Damm. & Spreng. — « Iris de Nazareth » Vulnérable

Sud-Liban, nord d'Israël (Galilée, Mont Hermon, Mont Tabor), Syrie, Jordanie (monts de Gilead). Altitude 150–1 300 m. Grandes fleurs bicolores (6–8 cm) : standards bleu pâle à veines azure, falls à larges taches brun-pourpre sur fond clair. Tiges de 30–50 cm (jusqu'à 80 cm). Caractère distinctif : rhizomes stolonifères (rare chez les Oncocyclus), les stolons pouvant atteindre plusieurs mètres. Barbe jaune sur fond pourpre. Nommée d'après Otto von Bismarck.

Iris lortetii Barbey — « Iris de Samarie » En danger — < 10 000 individus

Considérée par beaucoup comme la plus belle de toutes les Oncocyclus. Endémique d'Israël, Palestine, sud du Liban et Syrie. Sols calcaires gris ou terra rossa, altitude 180–800 m. Fleurs blanc ou rose pâle avec un réseau délicat de veines pourpres, taches et stries ; les falls sont densément ponctuées de pourpre sur fond doré à brun-jaune. Diamètre ~10 cm, tiges 30–50 cm. Rhizomes stolonifères. Historiquement surexploitée pour le commerce de fleurs coupées.

Iris hermona Dinsm. — « Iris du Golan » Relativement facile en culture

Endémique d'Israël (plateau du Golan, Mont Hermon) et de Syrie. Sols basaltiques rocheux lourds, prairies steppiques. Bicolore : fond lilas pâle, crème ou blanc, couvert de veines et ponctuations pourpre-brun. Signal rond pourpre-brun à presque noir. Rhizome compact, non stolonifère — distinction clé avec I. bismarckiana. Durée de floraison très courte (3,6 ± 0,8 jours). Considérée comme l'une des plus faciles à cultiver dans un climat méditerranéen.

Iris haynei Baker — « Iris du Gilboa » Fleur nationale de Palestine

Endémique de la région de Samarie (NE Israël/Palestine, NW Jordanie). Mont Gilboa, Mont Tabor, vallée de Bisan. Sols calcaires et dolomitiques, altitude −150 à 550 m. Grandes fleurs parfumées dans les tons de pourpre profond, violet, brun-pourpre. Signal noir-brun à noirâtre. Pollinisée par des abeilles eucerine ; graines à élaiosomes dispersées par les fourmis moissonneuses. Floraison mars-avril.

Iris nigricans Dinsm. — « Iris noir » Fleur nationale de Jordanie Vulnérable (UICN 2022)

Endémique de Jordanie, au sud d'Amman entre Madaba et Karak. L'une des fleurs les plus sombres du règne végétal : pourpre-noir, 12–15 cm de diamètre, avec un fini lustré et velouté. Tiges de ~35 cm. Classée Vulnérable par l'UICN. La cueillette est strictement interdite en Jordanie.

Iris atropurpurea Baker — « Iris côtier » En danger critique (UICN)

Endémique de la plaine côtière israélienne (plaine de Sharon). Sols sableux, basse altitude. Seule Oncocyclus poussant en climat véritablement méditerranéen. Fleurs cramoisi à presque noir avec reflets lie-de-vin, 6–8 cm. Peut porter 1–2 fleurs par tige (inhabituel). Rhizome rougeâtre, stolonifère. Floraison février-mars (la plus précoce du groupe). Protégée par la loi depuis 1964.

Iris mariae Barbey — « Iris du Néguev » En danger

Endémique d'Israël (désert du Néguev) et d'Égypte (Sinaï). Sable stabilisé en milieu semi-désertique, précipitations 100–200 mm/an. Fleurs violettes de ~7 cm ; les falls sont beige-brunâtre avec un signal NOIR et une barbe NOIRE — combinaison unique dans la section. Rhizome rougeâtre, stolonifère.

Iris westii Dinsm. — « Iris de West » En danger critique (2008)

Endémique du Liban, flancs montagneux du sud du Mont-Liban. Fleurs lilas, blanc ou beige à veines plus sombres ; signal velouté chocolat à violet-noir profond. Deux populations au sud, inaccessibles en raison de mines terrestres posées pendant l'occupation (1985–2000). Déclarée éteinte au Liban en 2009 par certains auteurs, mais l'UICN signale 4 populations en déclin (2016). Nommée d'après W.A. West, professeur à l'Université américaine de Beyrouth.

Iris sofarana Foster — « Iris de Sofar » En danger

Endémique du Mont-Liban, pentes rocheuses à 1 300–1 700 m. Seulement ~7 localités connues (Ehmej, Ehden, Faraya, Dahr el Baidar, Sofar, Laqlouq/Tannourine). Fleurs éphémères (4–5 jours). Le site d'Al Dichar près de Laqlouq a été créé comme micro-réserve végétale.

Iris cedretii Dinsm. — « Iris des Cèdres » En danger

Endémique du Liban, zone subalpine du Mont-Liban (district de Bsharri), altitude 1 300–2 000 m, pentes rocheuses de terra rossa sur substrat karstique. Population de Hasroun signalée éteinte en 2009. Graines conservées à la Millennium Seed Bank de Kew.

Iris barnumiae Foster & Baker — « Iris de Barnum » Parmi les moins exigeantes

Arménie, Azerbaïdjan, Iran, Irak, Turquie. Collines sèches et pierreuses, pentes subalpines, jusqu'à 2 500 m. Fleurs parfumées (senteur de muguet !), 7–8 cm, tons pourpre : rouge-pourpre, mûre, violet profond. Pas de veines (inhabituel pour une Oncocyclus). Sous-espèce demawendica ; forme urmiensis à fleurs jaunes sans signal.

Iris sari Schott — « Iris du Sari » Assez facile en culture

Endémique de Turquie, largement dispersée dans le centre et le SE anatolien, altitude 900–2 700 m. Très variable : fond crème, verdâtre ou jaunâtre veiné de cramoisi, brun-pourpre ou noir. Fleurs immenses sur des tiges courtes (7,5–10 cm). Des plantes ont survécu et refleuri 10 ans et plus en Angleterre (Surrey). Utilisée en médecine traditionnelle en Turquie.

Iris iberica Hoffm. — « Iris d'Ibérie » Rare — Livre Rouge de l'URSS

Caucase — Géorgie orientale, Arménie, Azerbaïdjan occidental. Steppes sèches, pentes pierreuses, altitude 400–700 m. Fleurs spectaculaires de 10–15 cm, bicolores : fond blanc argenté ou crème intensément ponctué/veiné de mauve, violet ou marron-pourpre. Falls en cuiller, réfléchis. Signal noir ou pourpre foncé. Sous-espèce importante : subsp. elegantissima (Arménie, Turquie orientale, NW Iran), plus grande, rhizomes stolonifères.

Iris paradoxa Steven — « Iris paradoxale »

Caucase — Arménie, Iran, Turquie. Collines pierreuses, 1 200–2 000 m. L'iris la plus « paradoxale » : standards extrêmement grands, arrondis et gonflés, contrastant avec des falls minuscules et réduits. Pourpre ou violet. ~15 cm de haut. La forme choschab est plus fréquente en culture.

Iris gatesii Foster — « Iris de Gates » Rare (UICN)

LA PLUS GRANDE de toutes les Oncocyclus : fleurs de 13–20 cm de diamètre. SE Turquie (Urfa, Mardin, Siirt) et NE Irak. Pentes calcaires rocheuses, 1 050–2 000 m. Coloration extrêmement variable : fond verdâtre pâle, gris, argenté, blanc, rosé ou crème couvert de taches, points et veines bruns, pourpre ou presque noirs. Tiges hautes (~45 cm). Plus rustique que la plupart des Oncocyclus. Parent du célèbre hybride 'William Mohr'.

Exigences culturales du groupe

Le principe absolu : la dormance estivale sèche

Toute humidité pendant les 3 mois suivant la floraison provoque la pourriture et la mort. Un drainage extrêmement efficace est indispensable (substrat graveleux, plates-bandes surélevées, châssis alpins). Le sol doit être calcaire/alcalin. Le rhizome doit être planté superficiellement, le dessus exposé au soleil pour favoriser la maturation. Au printemps, les plantes ont besoin d'eau et de nutriments abondants. La plupart des espèces nécessitent un froid hivernal. La multiplication par semis est très difficile (dormance profonde des graines, tégument dur, germination intermittente sur plusieurs années). Zones USDA 6–9 pour la plupart.

Chapitre II

Les Regelia
beauté de l'Asie centrale

La section Regelia (Lynch, 1904), nommée d'après le botaniste Eduard August von Regel, comprend 8 espèces acceptées : I. afghanica, I. darwasica, I. heweri, I. hoogiana, I. korolkowii (espèce type), I. kuschkensis, I. lineata et I. stolonifera. Une 9ᵉ espèce, I. ferdowsii, a été décrite en 2017 du NE de l'Iran.

Ce qui distingue les Regelia des Oncocyclus

CaractèreRegeliaOncocyclus
Fleurs par tige2 (rarement 1–3)Toujours 1
BarbeFalls ET standardsFalls uniquement
StolonsOui (diagnostic)Non (sauf exceptions)
Motifs florauxVeinées, jamais maculéesVeinées, ponctuées, maculées
Aire géographiqueAsie centrale (Pamir, Hindu Kush)Asie occidentale (Levant, Caucase)
Difficulté culturalePlus facile, très rustiqueDifficile, dormance stricte

Espèces principales

Iris hoogiana Dykes (1916) — la plus belle selon W.R. Dykes USDA Zone 3–8 — RHS AGM

Tétraploïde (2n=44). Pamir-Alai (Tadjikistan, Ouzbékistan), jusqu'à 1 800 m. La plus haute des Regelia : tiges de 40–80 cm. Fleurs bleu ciel à bleu lavande avec une texture soyeuse et iridescente unique parmi les iris barbus. Barbe dense, orange-doré sur les falls. Stolons charnus spectaculaires de 40–80 cm de long. La forme 'Alba' s'ouvre bleu grisé puis vire au blanc. Le composé chimique « Hoogianal » a été identifié dans ses rhizomes.

Iris stolonifera Maxim. (1880) — l'une des plus faciles USDA Zone 5–8

Tétraploïde (2n=44). Pamir-Alai (chaînes du Gissar et du Zeravshan), Tadjikistan, Ouzbékistan, Afghanistan, 800–2 400 m. Fleurs bicolores caractéristiques : bande jaune, rougeâtre ou brun foncé bordant les standards et falls, zone centrale lavande métallique sur fond presque blanc. Tiges 30–60 cm. Nombreux cultivars : 'Zwanenburg Beauty', 'Chocolate', 'Turkish Delight'.

Iris korolkowii Regel (1873) — « Iris Pagode » USDA Zone 5–9 — La plus cultivée

Diploïde (2n=22). Espèce type de la section. Tien Shan, Pamir-Alai et Altaï, NE Afghanistan, altitude 1 600–3 900 m (la plus haute des Regelia). Fond gris-blanc à crème parcouru de veines parallèles conspicuques brun-verdâtre, chocolat ou brun-noir. Signaux proéminents — taches sombres triangulaires. Standards coniques en forme de pagode. Barbe brun-violet à presque noire.

Iris lineata Foster (1887) — espèce protégée Livre Rouge du Tadjikistan

Tadjikistan (chaîne du Karatéguine) et NE Afghanistan, 1 600–2 500 m. Fleurs « bizarres » vert-jaune à veines brun-violet, pétales très étroits (<15 mm). Barbe longue, bleue. Tiges 15–35 cm. Rare en culture.

Iris afghanica Wendelbo (1972) — « la plus superbe des Regelia » (Kew) Très rare en culture

Endémique du NE de l'Afghanistan, versant nord du col du Salang dans l'Hindu Kush, jusqu'à 3 300 m. Falls crème-blanc intensément couverts de veines brun-pourpre si denses qu'elles obscurcissent presque le fond ; tache centrale brun-pourpre uni. Standards jaune pâle, sans veines contrastées. Auto-incompatible.

Iris darwasica Regel (1884) — première Regelia à fleurir En danger (UICN 1997)

Tadjikistan (monts du Darvaz, réserve de Childukhtaron) et nord de l'Afghanistan. Fleurs de 5–7 cm, crème-verdâtre à pourpre foncé ou lilas, parfumées. Tiges 15–40 cm. En déclin au Tadjikistan (Livre Rouge 2012).

Pourquoi les Regelia sont plus faciles

Les miennes persistent mieux que les narcisses, et reçoivent les mêmes soins. Les hivers froids ne posent absolument aucun problème. — Tom Waters, Nouveau-Mexique, expert reconnu des arils

Leur rusticité extrême (origines continentales montagnardes), leur vigueur stolonifère naturelle et leur tolérance légèrement supérieure à l'humidité estivale les rendent bien plus accessibles que les Oncocyclus. I. hoogiana et I. korolkowii peuvent se cultiver en pleine terre dans une plate-bande bien drainée et ensoleillée — chose quasi impossible pour la plupart des Oncocyclus.

Chapitre III

Arilbreds
quand l'exotisme rencontre le jardin

Les Arilbreds sont le fruit du croisement entre des espèces arils (Oncocyclus et/ou Regelia) et des iris barbus (principalement Tall Bearded). L'objectif : capturer la beauté extraordinaire des arils — fleurs globuleuses immenses, signaux dramatiques, veines labyrinthiques — sur des plantes aussi faciles à cultiver que les iris barbus classiques. Ce rêve est aujourd'hui largement réalisé.

L'histoire en cinq actes

Acte I — Les pionniers (fin XIXᵉ – années 1940)

Sir Michael Foster (Angleterre) produit les premiers croisements arils × barbus vers 1893, mais ses hybrides sont stériles. William Mohr (1871–1923), rancher près de Mount Eden en Californie, crée le légendaire 'William Mohr' — croisement de 'Parisiana' (TB) × I. gatesii (Oncocyclus). C'est un diploïde essentiellement stérile, mais sa beauté est une révélation : grandes fleurs lilas pâle finement réticulées de violet profond. Mohr et sa femme sont tués en 1923 quand un train percute leur voiture ; son ami le Professeur Sydney B. Mitchell sauve ses semis et introduit 'William Mohr' en 1925.

La firme hollandaise Van Tubergen produit 'Ib-Mac' (1910), le premier arilbred véritablement fertile — un tétraploïde équilibré. P.A. Loomis produit 'Elmohr' (1942), le premier et seul arilbred à remporter la Dykes Medal (1945) — jusqu'à 'Perry Dyer' en 2024.

Acte II — La percée de Clarence G. White (1940s–1960s)

Basé en Californie du Sud, White assemble la plus grande collection mondiale d'iris arils et réalise des milliers de croisements. Ses premiers hybrides comme 'Oyez' (1938) sont des diploïdes stériles mais spectaculaires. La percée vient avec la production de tétraploïdes équilibrés fertiles — 2 jeux de chromosomes arils + 2 jeux barbus. 'Joppa Parrot' (1948) est le premier publié. La « famille fertile » de White constitue l'épine dorsale de la reproduction arilbred moderne.

Acte III — L'expansion (1950s–1980s)

Henry Danielson produit des regeliabreds fertiles remarquables dont 'Genetic Artist' (1972). Eugene Hunt crée 'Esther, The Queen' (1967), icône des arilbreds (C.G. White Medal 1971). Carl Boswell détient le record de 9 William Mohr Awards/Medals, avec des cultivars comme 'Jewel of Omar', 'Omar's Torch', 'Omar the Tentmaker'.

Acte IV — La révolution moderne (1990s–présent)

Howard Shockey marque un tournant avec 'Energizer' (1995) pour ses signaux audacieux. Il remporte 8 C.G. White Awards/Medals consécutifs (1993–2001). Rick Tasco (Superstition Iris Gardens, Californie) pousse les signaux, veines et ponctuations à des niveaux inédits, produisant 'Noble Warrior' (2006), 'Sand Dancer' (2010), 'Aztec Prince' (2009). Il remporte le AIS Hybridizer Award en 2010.

L'exploit historique de 2024

Paul Black (Mid-America Garden, Oregon) réalise l'exploit : son 'Perry Dyer' (OGB−) remporte la Dykes Medal — le premier arilbred couronné de ce prix suprême depuis 'Elmohr' en 1945, soit 79 ans d'écart ! Black totalise 5 William Mohr Medals.

Acte V — Les autres contributeurs

Hooker Nichols (Texas) produit une série d'arilbreds aux noms orientaux ('Cairo Love Song', 'Solomon's Glory', 'Road To Jerusalem'). Lawrence Ransom (France) est traité en détail au chapitre V. Harald Mathes contribue avec des arilbreds médians fertiles. Lowell Baumunk, Peter McGrath et Thomas Johnson sont actifs dans les années 2000–2020.

Cultivars emblématiques

'William Mohr' Mitchell/Mohr, 1925 Lilas pâle réticulé violet. Le fondateur. OB
'Elmohr' Loomis, 1942 Dykes Medal 1945 — premier arilbred couronné. OGB
'Esther, The Queen' Hunt, 1967 C.G. White Medal 1971. Icône du genre. OGB
'Sand Dancer' Tasco, 2010 C.G. White Medal 2017. Remontant ! OGB
'Perry Dyer' Black, 2019 Dykes Medal 2024 — exploit historique. OGB−
'Genetic Artist' Danielson, 1972 Regeliabred au motif stolonifera classique. RB
Chapitre IV

Classification AIS
un système à neuf catégories

Le système de classification utilise deux dimensions croisées : le type d'ascendance aril (Oncocyclus seul, Regelia seul, ou les deux) et la proportion de sang aril (moins de la moitié, exactement la moitié, plus de la moitié).
CodeNom completAscendanceProportion
OB−Oncobred minusOncocyclus uniquement< ½ (~¼)
OBOncobredOncocyclus uniquement= ½
OB+Oncobred plusOncocyclus uniquement> ½ (~¾)
OGB−Oncogeliabred minusOncocyclus + Regelia< ½
OGBOncogeliabredOncocyclus + Regelia= ½
OGB+Oncogeliabred plusOncocyclus + Regelia> ½
RB−Regeliabred minusRegelia uniquement< ½
RBRegeliabredRegelia uniquement= ½
RB+Regeliabred plusRegelia uniquement> ½

Lecture du tableau

Le suffixe « − » (minus) désigne les « quarterbreds » (typiquement ¼ aril) ; le suffixe « + » (plus) les « three-quarter breds » (typiquement ¾ aril) ; l'absence de suffixe les « halfbreds » (½ aril, tétraploïdes équilibrés). Depuis 1990, la proportion est déterminée par les jeux chromosomiques, non par le simple calcul de parentage.

La catégorie OGB est de loin la plus large, car la plupart des arilbreds modernes descendent de la famille fertile de C.G. White, dont les parentages exacts sont inconnus — l'ascendance Regelia ne pouvant être exclue, ils sont classés OGB par défaut.

Conditions d'enregistrement

Pour être enregistré comme arilbred, un iris doit posséder au minimum ¼ de sang aril par complémentation chromosomique ET montrer au moins deux caractères floraux arils reconnaissables (signal, veines, ponctuations, forme globuleuse). En 2018, l'ASI a établi des sous-catégories de taille : ABD (Arilbred Dwarf) et ABM (Arilbred Median).

Parcours vers les médailles

Pour le système de récompenses AIS, la classification est simplifiée en deux voies : les arilbreds de < ½ aril concourent pour la William Mohr Medal, et ceux de ≥ ½ aril (plus les arils purs) pour la Clarence G. White Medal. La progression suit : Honorable Mention → Award of Merit → Medal. Les lauréats deviennent éligibles à la Dykes Memorial Medal, le prix suprême toutes catégories.

Chapitre V

Lawrence Ransom
1954–2016 — le maître français des arils

In memoriam

Ransom laisse en héritage une collection de fleurs sublimes qui touchent à la perfection. Certainement juste reflet d'une âme, élégance est leur couleur majeure.

— Sylvain Ruaud, irisenligne

Lawrence Ransom, né en 1954 d'origine britannique, s'installa en France vers les années 1960 et y vécut environ 50 ans. Il mourut subitement le 31 juillet 2016, à 62 ans, à son domicile de Hautefage-la-Tour (Lot-et-Garonne), dans le sud-ouest de la France. Sa propriété et pépinière s'appelait « Iris au Trescols ».

Un hybrideur d'une versatilité unique

Ransom fut le seul hybrideur français à travailler dans pratiquement toutes les catégories d'iris barbus : MDB, SDB, IB, MTB, TB, Arils, Arilbreds et Spurias. Ses premiers articles dans le journal de la SFIB (1987–1989) furent signés « Laurent Ransom » avant de revenir à « Lawrence ». Personnage réservé et perfectionniste, son catalogue était une simple feuille de 4–6 pages diffusée à quelques dizaines de personnes, et il refusait les visiteurs pendant la floraison.

Sans lui, je n'aurais sans doute pas osé me lancer dans l'aventure de l'hybridation. — Christine Cosi, Iris en Périgord

L'œuvre arilbred : la lignée 'Vera'

Son travail arilbred commença en 1995 avec la série 'Vera' — des croisements utilisant 'Vera' (van Tubergen), un hybride I. stolonifera × I. korolkowii (deux Regelia). Il en résulta des regeliabreds médians :

'Vera-Anne' Ransom, 1995 Jaune marqué mauve/pourpre RB
'Vera-Beatrice' Ransom, 1995 Bleu-indigo — seul ton froid de la série RB
'Vera-Louise' Ransom, 1995 Jaune marqué pourpre RB
'Eastern Blush' Ransom, 2002 Pierre angulaire du programme ultérieur RB — cultivar clé

De 2006 à 2016, il produisit une série remarquable : 'Aravane', 'Massoud', 'Fruity', 'Refosco', 'Sanaa Rose', 'Honey Oasis', la série 'Pashtun' ('Pashtun Princess', 'Pashtun Grace', 'Pashtun Nightfall'), 'Sandflush', 'Saracen Dusk', 'Sunset Craze', 'Twilight Craze', 'Yalda', et 'Trescols Eclipse' (2016, son ultime enregistrement). Au total, environ 40 arilbreds enregistrés — un corpus exceptionnel pour un obtenteur européen.

Héritage et reconnaissance

Après sa mort, son frère aîné Martin Ransom donna sa collection à la SFIB. Roland Dejoux (Les Iris de Laymont, Gers), président de la SFIB, reprit ses semis pour évaluation et effectua des enregistrements posthumes en 2022 : 'Souvenir De Lawrence' (OGB/ABM, issu de 'Honey Oasis' × 'Yalda'), plus les TB 'Alexandre Guermont', 'Lula Do Brasil' et 'Sumire'. Christine Cosi (Iris en Périgord) continue de vendre ses cultivars.

Hommages permanents

Le concours international FRANCIRIS® décerne désormais le Prix Lawrence Ransom pour les trois iris les plus florifères — honneur permanent aux côtés du Prix Philippe de Vilmorin et du Prix Gladys Clarke. Un iris TB 'Lawrence Ransom' (Christine Cosi, 2018) lui rend hommage.

Chapitre VI

Cultiver les arils en France
techniques et régions

Le climat méditerranéen offre les conditions les plus proches de l'habitat naturel des arils. Mais Lawrence Ransom a démontré en Lot-et-Garonne que la culture arilbred est possible bien au-delà de la zone strictement méditerranéenne, avec des techniques adaptées.

Les régions les plus favorables

La Provence (Bouches-du-Rhône, Var, Vaucluse), le Languedoc-Roussillon (Hérault — Iris de Thau à Mèze), la Côte d'Azur et la Corse sont les zones idéales, grâce à leurs étés chauds et secs, leur fort ensoleillement et leurs sols souvent calcaires.

Les vallées alpines sèches constituent aussi d'excellentes options : la Drôme Provençale (Iris 26 à Saint-Gervais-sur-Roubion), la vallée de la Durance et la Haute-Provence (Pépinière Lewisia à Lazer, collection CCVS d'iris botaniques).

Protocole cultural pour les arils purs en France

Les cinq piliers de la réussite

1. Plates-bandes surélevées — 30–50 cm au-dessus du niveau du sol, remplies de substrat drainant (50 % minéral — gravier, pouzzolane, ponce — + 50 % terre de jardin calcaire). Paillage minéral (gravillons) plutôt qu'organique.

2. Protection contre la pluie estivale — C'est l'intervention la plus critique. Cloches en verre, couvertures en polycarbonate sur cadres (ouverts sur les côtés pour la ventilation), posées de juin/juillet à septembre/octobre. L'alternative est l'arrachage et le stockage à sec des rhizomes dormants pendant l'été, avec replantation automnale.

3. Substrat calcaire et alcalin — pH 7–8 : ajout de gypse ou de chaux si le sol est acide. Éclats de calcaire dolomitique idéaux.

4. Exposition plein sud — Maximum d'ensoleillement, adossé à un mur chaud si possible. Le dessus du rhizome doit toujours être exposé au soleil.

5. Gestion de l'eau — Plantation automnale (septembre-octobre), arrosage à la plantation, humidité printanière bénéfique. Arrêt total de l'arrosage dès le jaunissement du feuillage (mai-juin).

Pour les arilbreds : beaucoup plus simple

Les arilbreds se traitent comme des TB classiques avec un drainage renforcé, un maximum de soleil et de circulation d'air, et un chaulage si le sol est acide. Les OGB (½ aril) sont très accommodants. Division tous les 2 ans (contre 3–4 pour les TB).

Chapitre VII

L'Aril Society International
structure et récompenses

L'ASI fut fondée dans les années 1950, initialement concentrée en Californie du Sud. C'est une association éducative à but non lucratif (501(c)(3)), société coopérante de l'AIS, basée à Las Cruces, Nouveau-Mexique. Son président actuel est Howie Dash, le vice-président Peter McGrath, et l'éditeur du checklist Tom Waters.

Publications

L'ASI publie un Yearbook annuel (depuis au moins 1958), contenant des articles sur la culture, les habitats des espèces, l'hybridation, la recherche scientifique et les introductions récentes, richement illustré. Un newsletter trimestriel (3 numéros/an) complète la communication. Le Checklist ASI (éditeur : Tom Waters), document de référence d'environ 32 Mo en PDF, classifie authoritativement chaque iris aril et arilbred enregistré selon le système à 9 catégories.

Les deux grandes médailles

Clarence G. White Memorial Medal

Établie comme Award en 1959, devenue Medal en 1993. Récompense le meilleur iris aril ou arilbred ayant ≥ ½ de sang aril. Lauréats marquants : 'Esther the Queen' (Hunt, 1971), 'Energizer' (Shockey, 2003), 'Noble Warrior' (Tasco, 2012), 'Sand Dancer' (Tasco, 2017), 'Chihuahua Night' (Dash, 2025). Howard Shockey domine la période 1993–2001 avec 8 récompenses consécutives.

William Mohr Memorial Medal

Établie comme Award en 1969, Medal en 1993. Récompense le meilleur arilbred ayant < ½ de sang aril (typiquement ¼). Carl Boswell détient un record avec 9 récompenses. Lauréats récents : 'Brash and Bold' (Black, 2016), 'Desert Snow' (Black, 2019), 'Heart of Hearts' (Black, 2021), 'Perry Dyer' (Black, 2023), 'Eye of the Storm' (Sutton, 2025).

Chapitre VIII

Conservation des espèces sauvages
un combat urgent

Presque toutes les espèces d'Oncocyclus sont rares, menacées ou en danger. Les menaces principales sont l'urbanisation et la construction routière, l'agriculture, le surpâturage, le changement climatique, la cueillette sauvage historique et les activités militaires (mines au Liban, mur de sécurité au Gilboa).

Israël — le programme le plus développé

La Society for the Protection of Nature in Israel (SPNI), co-fondée par Azariah Alon, a obtenu dès 1963 le vote de la Loi sur les réserves naturelles, suivie en 1964 par la Loi sur la protection des espèces incluant spécifiquement les iris. En 2000, dix espèces d'iris étaient classées « en danger » selon les catégories UICN en Israël.

La Réserve naturelle du Mont Gilboa (créée en 1970) protège I. haynei ; la SPNI a choisi cette espèce comme logo en 1970. L'Université de Tel-Aviv (Sapir Lab) mène des recherches sur la pollinisation et la génomique des iris royaux. En 1967, le conservationniste Palti Sela a transplanté des groupes dispersés pour créer des populations viables plus grandes.

Liban — des protections insuffisantes

Seulement 2,5 % du territoire montagneux (habitat naturel des Oncocyclus libanaises) est protégé. Toutes les populations d'iris poussent sur des terrains privés. La réserve de Jabal El Makmel (400 ha, 2006–2007) bénéficie à I. cedretii. Le site naturel d'Al Dichar (Ehmej) protège I. sofarana.

Le Millennium Seed Bank de Kew conserve des graines d'I. cedretii (collectées 2004) et d'I. sofarana subsp. kasruwana (2001, 2003), collectées par l'Institut libanais de recherche agricole. Dr Magda Bou Dagher-Kharrat (Université Saint-Joseph de Beyrouth) a reçu une bourse National Geographic pour l'étude de la diversité génétique des iris.

Jordanie — protections à renforcer

La Royal Society for the Conservation of Nature (RSCN) gère les réserves naturelles incluant la réserve forestière de Yarmouk et la réserve de Dana. La cueillette de l'iris noir est strictement interdite. Un parc écologique (Sharhabil bin Hassaneh) préserve la nature incluant l'iris noir. Sur les neuf espèces d'iris jordaniennes, la plupart sont en danger.

L'enjeu génétique

Une découverte troublante (2016)

Une étude caryologique portant sur 7 Oncocyclus libanaises n'a trouvé aucune différence génétique entre elles, suggérant soit une différenciation extrêmement récente, soit une synonymie taxonomique. Cela soulève des questions fondamentales sur la classification et les priorités de conservation — s'agit-il réellement d'espèces distinctes ou de populations d'un même complexe spécifique ? Quoi qu'il en soit, la perte de ces populations morphologiquement distinctes et géographiquement isolées constituerait un appauvrissement irréversible de la biodiversité.

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Sources principales

AIS Wiki — wiki.irises.org (espèces, cultivars, hybrideurs, médailles)

Aril Society International — arilsociety.org (checklist, awards, yearbooks)

Pacific Bulb Society — pacificbulbsociety.org (fiches espèces arils)

World of Irises blog — theamericanirissociety.blogspot.com (articles arilbreds)

Israeli Biodiversity Red List — redlist.parks.org.il (statut conservation)

GBIF — gbif.org (distribution, taxonomie)

Wikipedia — en.wikipedia.org (fiches espèces individuelles)

Flora of Israel — flora.org.il

Kew Plants of the World Online — powo.science.kew.org

irisenligne — irisenligne.blogspot.com (Sylvain Ruaud, hommage Ransom)

irisbotanique.over-blog.com (Oncocyclus & Regelia en français)